‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 907 sur 1093 · SCÈNE IIL · texte numérisé non relu

SCÈNE IIL

VÉNUS, CÉPHÉE, CASSIOPE PERSÉE, ' PHINÉE, CHœuB de musique, suite

DU ROI et de la reine.

CHOEUR

Reine de Paphe et d'Amathonte ' , ÎMère d'Amour, et fille de la mer.

Peux-tu voir sans un peu de honte Que contre nous elle ait voulu s'armer, Et que du même sein qui fut ton origine Sorte notre ruine ?

Peux-tu voir que de la. même onde Il ose naître un tel monstre après toi ?

Que d'où vint tant de bien au monde Il vienne enfin tant de mal et d'effroi ,

' La pensée renfermée dans ces trois derniers vers est imitée d'Horace :

Çuldquid délirant reges , plectwitur Jchivi.

Lib. 1, Epist. Il, V. 14

* Ce fut , dit-on , Boissetle qui mit ce chtpur en niusiquo. Ou ne connaissait presque , en ce temps-là , qu'une espèce de fnuxbourdon, qu'un conlre-point grossier; c'était une espèce iW chant d'éfîlise, c'était une musique de barbares, en comparaison de celle d'aujourd'Imi. Ces paroles : reine de Paphe sont aussi ridicules que la musique. Il n'y a rien de moins musi(;ii , de moins harmonieux que : d'où le mal procède part aus^i le remède. Le fond de toute cette idée est fort beau : iprimporlc le fond, quand les vers sont durs et secs? C'est par l'heureux choix des mois et par la mélopée que la poésie réussit : les pens<''p,s les plus sublimes ne sont rien si elles sont mal exprimées. (V)

andromi-:de, acte i, scène iv.

Et que l'heureux berceau de ta beauté suprême Enfante l'horreur même?

Venge l'honneur de ta naissance Qu'on a souillé par un tel attentat; Rends-lui sa première innocence, Et tu rendras le calme à tout l'État : Et nous dirons enfin que d'où le mal procède Part aussi le remède.

CASSIOPE

Peuple , elle veut parler ; silence à la déesse ; Silence , et préparez vos cœurs à l'alh'gresse. Elle a reçu nosvœux, et les daigne exaucer; Écoutez-en l'effet qu'elle va prononcer.

VÉNUS, au milieu de l'air.

Ne tremblez plus, mortels ; ne tremble plus, ô mère ! On va jeter le sort pour la dernière fois. Et le ciel ne veut plus qu'un choix Pour apaiser de tout point sa colère.

Andromède ce soir aura l'illustre époux Qui seul est digne d'elle, et dont seule elle est digne. Préparez son hymen , où , pour faveur insigne. Les dieux ont résolu de se joindre avec vous.

PHiNÉE , à Céphée.

Souffrez que sans tarder je porte à ma princesse ', Seigneur, l'heureux arrêt qu'a donné la déesse.

CÉPHÉE

Allez , l'impatience est trop juste aux amants. CASSIOPE, voyant remonter J'émis.

Suivons-la dans le ciel par nos remercîments; Et , d'une voix commune adorant sa puissance , Montrons à ses faveurs notre reconnaissance.

CHŒUR

Ainsi toujours sur tes autels Tous les mortels

Offrent leurs cœurs en sacrifice !

Ainsi le Zéphyr en tout tem|)S Sur tes palais de Cythère et d'Éryce Fasse régner les grâces du printemps !

Daigne affermir l'heureuse paix Qu'à nos souhaits

Vient de promettre ton oracle;

Et fais pour ces jeunes amants, Pour qui tu viens de faire ce miracle. Un siècle entier de doux ravissements.

Dans nos campagnes et nos bois

Toutes nos voix Béniront tes douces atteintes ; Et dans les rochers d'alentour

' Il si'inhle qu'il p.irlc il un liaMt (V.)

La même écho ■ qui redisait nos plainlos ]Ne redira que des soupirs d'amour.

CÉPHEE.

C'est assez... la déesse est déjà disparue ; Ses dernières clartés se perdent dans la nue; Allons jeter le sort pour la dernière fois. Malheureux le dernier que foudroîra sou choix. Et dont en ce grand jour la perte domestique Souillera de ses pleurs l'allégresse publi(iue !

Madame, cependant, songez à préparer Cet hymen que les dieux veulent tant honorer : Rendez-en l'appareil digne de ma puissance , Et digne, s'il se peut, d'une telle présence.

CASSIOPE

J'obéis avec joie , et c'est me commander Ce qu'avec passion j'allais vous demander,

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