‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 922 sur 1093 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

ANDROMÈDE, au pied d'un rocher; deux vents

qui l'y attachent, TIMANTE, chœub de

PEUPLE sur le rivage.

TIMANTE

Allons voir, chers amis , ce qu'elle est devenue , La princesse, et mourir, s'il se peut , à sa vue.

CHŒUR

La voilà que ces vents achèvent d'attacher, En infâmes bourreaux , à ce fatal rocher,

TIMANTE

Oui , c'est elle sans doute. Ah ! l'indigne spectacle !

CHŒUR

Si le ciel n'est injuste, il lui doit un miracle. (Les vents s'envolent.)

TIMANTE

Il en fera voir un , s'il en croit nos désirs.

ANDROMÈDE

Odieux!

TIMANTE

Avec respect écoutons ses soupirs; Et puissent les accents de ses premières plaintes Porter dans tous nos cœurs de mortelles atteintes !

ANDROMÈDE

Affreuse image du trépas Qu'un triste honneur m'avait fardée , Surprenantes horreurs, épouvantable idée.

Qui tantôt ne m'ébranliez pas , Que l'on vous conçoit mal quand on vous envisage

Avec un peu d'éloignement' !

Qu'on vous méprise alors! qu'on vous brave aisément!

Mais que la grandeur de courage

Devient d'un difficile usage

Lorsqu'on touche au dernier moment!

Ici seule , et de toutes parts

A mon destin abandonnée; Ici que je n'ai plus ni parents, ni Pbinée,

Sur qui détourner mes regards ; L'attente de la mort de tout mon cœur s'empare.

Il n'a qu'elle à considérer; Et , quoi que de ce monstre il s'ose figurer.

' On doit remarquer un défaut que Corneille n'a pu éviter dans aur,une de ses pièces de tliéàtre; c'est de faire parler le poète à la place du personnage; c'est de mettre en froids r.iisonnemenls, en maximes générales, ce qui doit être en sentiment ; défaut dans lequel Racine n'est jamais tombé. ( V.}

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