SCENE PREMIERE
ANDROMÈDE, au pied d'un rocher; deux vents
qui l'y attachent, TIMANTE, chœub de
PEUPLE sur le rivage.
TIMANTE
Allons voir, chers amis , ce qu'elle est devenue , La princesse, et mourir, s'il se peut , à sa vue.
CHŒUR
La voilà que ces vents achèvent d'attacher, En infâmes bourreaux , à ce fatal rocher,
TIMANTE
Oui , c'est elle sans doute. Ah ! l'indigne spectacle !
CHŒUR
Si le ciel n'est injuste, il lui doit un miracle. (Les vents s'envolent.)
TIMANTE
Il en fera voir un , s'il en croit nos désirs.
ANDROMÈDE
Odieux!
TIMANTE
Avec respect écoutons ses soupirs; Et puissent les accents de ses premières plaintes Porter dans tous nos cœurs de mortelles atteintes !
ANDROMÈDE
Affreuse image du trépas Qu'un triste honneur m'avait fardée , Surprenantes horreurs, épouvantable idée.
Qui tantôt ne m'ébranliez pas , Que l'on vous conçoit mal quand on vous envisage
Avec un peu d'éloignement' !
Qu'on vous méprise alors! qu'on vous brave aisément!
Mais que la grandeur de courage
Devient d'un difficile usage
Lorsqu'on touche au dernier moment!
Ici seule , et de toutes parts
A mon destin abandonnée; Ici que je n'ai plus ni parents, ni Pbinée,
Sur qui détourner mes regards ; L'attente de la mort de tout mon cœur s'empare.
Il n'a qu'elle à considérer; Et , quoi que de ce monstre il s'ose figurer.
' On doit remarquer un défaut que Corneille n'a pu éviter dans aur,une de ses pièces de tliéàtre; c'est de faire parler le poète à la place du personnage; c'est de mettre en froids r.iisonnemenls, en maximes générales, ce qui doit être en sentiment ; défaut dans lequel Racine n'est jamais tombé. ( V.}