‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 927 sur 1093 · ANDROMÈDE, ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ANDROMÈDE, ACTE IV, SCÈNE I

Ainsi notre victime à nos yeux enlevée

Va croître les douceurs de ses contentements

Par le juste mépris de nos ressentiments.

ÉPHYEE.

Toute notre fureur, toute notre vengeance Semble avec son destin être d'intelligence. N'agir qu'en sa faveur ; et ses plus rudes coups Ne font que lui donner un plus illustre époux.

CYDIPPE.

Le sort , qui jusqu'ici nous a donné le change , Immole à ses beautés le monstre qui nous venge ; Du même sacrifice, et dans le même lieu, De victime qu'elle est, elle devient le dieu.

Cessons dorénavant, cessons d'être immortelles , Puisque les immortels trahissent nos querelles , Qu'une beauté commune est plus chère à leurs yeux : Car son libérateur est sans doute un des dieux. Autre qu'un dieu n'eût pu nous ôter cette proie ; Autre qu'un dieu n'eût pu prendre une telle voie ; Et ce cheval ailé fût péri mille fois Avant que de voler sous un indigne poids.

CYMODOCE.

Oui , c'est sans doute un dieu qui vient de la défendre. Mais il n'est pas , mes sœurs , encor temps de nous ren- Et puisqu'un dieu pour elle ose nous outrager, [dre ; Il faut trouver aussi des dieux à nous venger. Du sang de notre monstre encore toutes teintes , Au palais de Neptune allons porter nos plaintes, Lui demander raison de l'immortel affront Qu'une telle défaite imprime à notre front.

CYDIPPE.

Je crois qu'il nous prévient ; les ondes en bouillonnent ; Les conques des tritons dans ces rochers résonnent ; C'est lui-même , parlons.

Même honte à leur tour menace les enfers ; Aussi leur souverain prendra notre querelle : Je vais l'intéresser avec Junon pour elle ; Et tous trois , assemblant notre pouvoir en un , Nous saurons bien dompter notre tyran commun. Adieu. Consolez-vous, nymphes trop outragées ; Je périrai moi-même , ou vous serez vengées : Et j'ai su du Destin , qui se ligue avec nous , Qu'Andromède ici-bas n'aura jamais d'époux. {Il fond au milieu de la mer. )

CYMODOCE.

Après le doux espoir d'une telle promesse Reprenons , chères sœurs , une entière allégresse. {Les néréides se plongent aussi dans la mer. )

Page 1