SUITE DE PERSÉE. PERSÉE
Que me permettez- vous, madame, d'espérer ? Mon amour jusqu'à vous a-t-il lieu d'aspirer.? Et puis-je, en cette illustre et charmante journée , Prétendre jusqu'au cœur que possédait Phinée.'
ANDROMÈDE
Laissez-moi l'oublier, puisqu'on me donne à vous ;
Et s'il l'a possédé n'en soyez point jaloux.
Le choix du roi l'y mit , le choix du roi l'en chasse ;
' Après ces derniers mots , on lit dans la première édition : « Persée parait le premier dans celte salle conduisant Andromède à son appartement, après l'avoir obtenue du roi et de la reine; et, comme si leur volonté ne suffisait pas, il fâche encore de l'obtenir d'elle-mtme par les respects qu'il lui rend , et les submissions extraordinaires qu'il lui fait. »
ANDROMÈDE, ACTE IV, SCÈNE lî.
Ce même choix du roi vous y donne sa place ; N'exigez rien de plus : je ne sais point haïr ; Je ne sais point aimer, mais je sais obéir : Je sais porter ce cœur à tout ce qu'on m'ordonne, Il suit aveuglément la nwin qui vous le donne ; De sorte , grand héros , qu'après le choix du roi , Ce que vous démandez est plus à vous qu'à moi.
PEBSÉE.
Que je puisse abuser ainsi de sa puissance ! liasar Jer vos plaisirs sur votre obéissance ! i:t de libérateur de vos rares beautés M'élever en tyran dessus vos volontés!
Princesse , mon bonheur vous aurait mal servie, S'il vous faisait esclave en vous rendant la vie ; Et s'il n'avait sauvé des jours si précieux Que pour les attacher sous un joug odieux. C'est aux courages bas , c'est aux amants vulgaires, A faire agir pour eux l'autorité des pères. Souffrez à mon amour des chemins différents. J'ai vu parler pour moi les dieux et vos parents ; Je sens que mon espoir s'enfle de leur suffrage; 3Iais je n'en veux enfin tirer autre avantage Que de pouvoir ici faire hommage à vos yeux I Du choix de vos parents , et du vouloir des dieux. Ils vous donnent à moi , je vous rends à vous-même ; Et comme enfin c'est vous et non pas moi que j'aime, J'aime mieux m'exposer à perdre un bien si doiLX Que de vous obtenir d'un autre que de vous. Je garde cet espoir, et hasarde le reste, Et, me soit votre choix ou propice ou funeste. Je bénirai l'arrêt qu'en feront vos désirs. Si ma mort vous épargne un peu de déplaisirs. Remplissez mon espoir ou trompez mon attente, Je mourrai sans regret , si vous vivez contente ; Et mon trépas n'aura que d'aimables moments , S'il vous ôte un obstacle à vos contentements.
ANDROMÈDE
C'est trop d'être vainqueur dans la même journée Et de ma retenue et de ma destinée.
A près {jue par le roi vos vœux sont exaucés , Vous parler d'obéir c'était vous dire assez : Mais vous voulez douter, afin que je m'explique , Et que votre victoire en devienne publique. Sachez donc...
PEBSÉE.
Non , madame : où j'ai tant d'intérêt , Ce n'est pas devant moi qu'il faut faire l'arrêt. L'excès de vos bontés pourrait en ma présence Faire à vos sentiments un peu de violence; Ce bras vainqueur du monstre, et qui vous rend lejour, Pourrait en ma faveur séduire votre amour; La pitié de mes maux pourrait même surprendre te cœur trop généreux pour s'en vouloir défendre ;
Et le moyen qu'un cœur ou séduit ou surpris Fût juste en ses faveurs, ou juste en ses mépris?
De tout ce que j'ai fait ne voyez que ma fia m me , De tout ce qu'on vous dit ne croyez que votre âme ; Ne me répondez point, et consultez-la bien; Faites votre bonheur sans aucun soin du mien : Je lui voudrais du mal s'il retranchait du vôtre. S'il vous pouvait coûter un soupir pour quelque autre , Et si, quittant pour moi quelques destins meilleurs, Votre devoir laissait votre tendresse ailleurs. Je vous le dis encor dans ma plus douce attente. Je mourrai trop content , si vous vivez contente, Et si , l'heur de ma vie ayant sauvé vos jours , La gloire de ma mort assure vos amours. Adieu. Je vais attendre ou triomphe ou supplice, L'un comme effet de grâce , et l'autre de justice.
ANDROMÈDE
A ces profonds respects qu'ici vous me rendez Je ne réplique point , a ous me le défendez ; Mais, quoique votre amour me condamne au silence , Je vous dirai , seigneur, malgré votre défense , Qu'un héros tel que vous ne saurait ignorer Qu'ayant tout mérité l'on doit tout espérer.