‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 934 sur 1093 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

PHINfiE, AMMON, suite de phinée.

PHINÉE

Vous voulez donc que j'en fasse la mienne , * Andromède accable trop ce Phluée. (V.)

Cruelle , et que ma foi de mon bras vous obtienne ? Eh bien ! nous Tirons voir, ce bienheureux vainqueur, Qui , triomphant d'un monstre , a dompté votre cœur. C'était trop peu pour lui d'une seule victoire , S'il n'eût dedans ce cœur triomphé de ma gloire ! Mais si sa main au monstre arrache un bien si cher, La mienne à son bonheur saura bien l'arracher ; Et vainqueur de tous deux en une seule tête, De ce qui fut mon bien je ferai ma conquête. La force me rendra ce que ne peut l'amour. Allons-y, chers amis , et montrons dès ce jour....

AMMON

Seigneur, auparavant d'une âme plus remise Daignez voir le succès d'une telle entreprise. Savez-vous que Persée est fds de Jupiter, Et qu'ainsi vous avez le foudre à redouter?

PHINÉE

Je sais que Danaé fut son indigne mère; L'or qui plut dans son sein l'y forma d'adultère : Mais le pur sang des rois n'est pas moins précieux . Ni moins chéri du ciel que les crimes des dieux ».

AMMON

Mais vous ne savez pas , seigneur, que son épée De l'horrible jMéduse a la tête coupée. Que sous son bouclier il la porte en tous lieux. Et que c'est fait de vous, s'il en frappe vos yeux.

PHINÉE

On dit que ce prodige est pire qu'un tonnerre. Qu'il ne faut que le voir pour n'être plus que pierre, Et que naguère Atlas, qui ne s'en put cacher, A cet aspect fatal devint un grand rocher. Soit une vérité, soit un conte, n'importe; Si la valeur ne peut , que le nombre l'emporte. Puisque Andromède enfin voulait me voir périr, Ou triompher d'un monstre afin de l'acquérir, Que , fière de se voir l'objet de tant d'oracles , Elle veut que pour elle on fasse des miracles , Cette tête est un monstre aussi bien que celui Dont cet heureux rival la délivre aujourd'hui ; Et nous aurons ainsi dans un seul adversaire Et monstres à combattre, et miracles à faire. Peut-être quelques dieux prendront notre parti , Quoique de leur monarque il se dise sorti ; Et Junon pour le moins prendra notre querelle Contre l'amour furtif d'un époux infidèle.

(Junon se fait voir dans un char superbe tiré par deux paons , et si bien enriclii , qu'il paraît digne de l'orgueil de la déesse qui s'y fait porter. Elle se promène au milieu de l'air, dont nos poêles lui attribuent l'empire, et y fait plusieurs tours, tantôt à droite et tantôt à gauche, cependant qu'elle assure Pliinée de sa protection.)

' Ces quatre vojs sont beaux ; cVst la condamnation de prcsguc toutes les faljles de rauliqullc. (V.)

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