‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 957 sur 1093 · D. MANRIQUE, D. LOPE, D. ALVAR · texte numérisé non relu

D. MANRIQUE, D. LOPE, D. ALVAR

D. LOPE

Vous voyez l'arrogance.

D. ALVAR

Ainsi les grands courages Savent en généreux repousser les outrages.

« Cela est digne de la tragédie la plus sublime. Dès qu'il s'agit de grandeur, il y en a toujours dans les pièces espagnoles. Mais ces grands traits de lumière, qui percent l'ombre de temps en temps, ne suffisent pas ; il faut un grand intérêt : nulle langueur ne doit l'interrompre, les raisonnements politiques, les froids discours d'amour le glacent, et les pensées recherchées, les tours forcés l'affaiblissent. (V.)

DON SANCHE, ACTE II, SCÈrS'E I.

no

D. MANniQUE.

n se méprend pourtant s'il pense qu'aujourd'hui Nous daignions mesurer notre épée avec lui.

D. ALVAR

Refuser un combat !

D. LOPE

Des généraux d'armée , Jaloux de leur honneur et de leur renonmice , iNe se commettent point contre un aventurier.

D. ALVAR

Ne mettez point si bas un si vaillant guerrier : Qu'il soit ce qu'en voudra présumer votre haine, 11 doit être pour nous ce qu'a voulu la reine.

D. LOPE

La reine qui nous brave, et , sans égard au sang, Ose souiller ainsi l'éclat de notre rang!

D. ALVAR

Les rois de leurs faveurs ne sont jamais comptables , Ils font, comme il leur plaît, et défont nos sembla-

D MANRIQUE. [bics '.

Envers les majestés vous êtes bien discret. Voyez-vous cependant qu'elle l'aime en secret ?

D. ALVAR

Dites , si vous voulez , qu'ils sont d'intelligence , Qu'elle a de sa valeur si haute conGance, Qu'elle espère par là faire approuver son choix , Et se rendre avec gloire au vainqueur de tous trois ; Qu'elle nous hait dans l'âme autant qu'elle l'adore : C'est à nous d'honorer ce que la l'eine honore.

D. MANRIQUE

Vous la respectez fort : mais y prétendez-vous ? On dit que 1 Aragon à des charmes si doux....

D. ALVAR

Qu'ils me soient doux ou non, je ne crois pas sans Pouvoir de mon pays désavouer l'estime ; [crime Et puisqu'il m'a jugé digne d'être son roi , Je soutiendrai partout l'état qu'il fait de moi. Je vais donc disputer, sans que rien me retarde. Au marquis don Carlos cet anneau qu'il nous garde; Et si sur se valeur je le puis emporter, J'attendrai de vous deux qui voudra me l'ôter : Le champ vous sera libre.

Page 1