‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 958 sur 1093 · D. ISABELLE, BLANCHE · texte numérisé non relu

D. ISABELLE, BLANCHE

D. ISABELLE

Blanche, as-tu rien connu d'égal à ma misère.^ Tu vois tous mes désirs condanmés à se taire , I\Ion cœur faire un beau choix sans l'oser accepter. Et nourrir un beau feu sans l'oser écouter. Vois par là ce que c'est , Blanche , que d'être reine : Comptable de moi-même au nom de souveraine , Et sujette à jamais du trône où je me voi , Je puis tout pour tout autre, et ne puis rien pour moi. O sceptres ! s'il est vrai que tout vous soit possible. Pourquoi ne pouvez-vous rendre un cœur insensible ? Pourquoi permettez-vous qu'il soit d'autres appas , Ou que l'on ait des yeux pour ne les croire pas?

BLANCHE

Je présumais tantôt que vous les alliez croire ; J'en ai plus d'une fois tremblé pour votre gloire. Ce qu'à vos trois amants vous avez fait jurer

' CeUc scùne et toutes les longues dissertations sur l'amour et la liertéont toujours un défout; et ce vice, le plus {;ran(ldetous, c'est l'ennui. On ne va au théâtre que pour être ému; l'ànie veut toujours être hors d'elle-même, soit par la gaieté, soit par l'attendri-ssement, et au moins par la curiosité. Aucun de ces buts n'est atteint, quand une Blanche dit à sa reine : vous l'avez honoré saTus vous déshonorer, et que la rcùne réplique que,/Jo«r honorer sa générosité, l'amour s'est joué de son autorité , etc. Les scènes suivantes de cet acte sont à peu prés dans le même goût ; et tout le no'ud consiste à différer le combat annoncé, sans aucun événement qui attache, sans aucun sentiment qui intéresse. Il y a de l'amour, comme dans toules les pièces de Corneille; et cet amour est froid, parce qu'il n'est qu'amour. Ces reines., qui se passionnent froidement pour un avenluri<T, ajouteraient la plus grande indécence à l'ennui de cette intrigu<î , si le spectateur ne se doutait pas ([ue Carlos est autre chose qu'un soldat de fortune. On a condamné l'infante du Cid, non-seulement parce qu'elle est inulilc, mais parce qu'elle ne parle que de son amour pour Rodrigue. On condamna d(î même, dans son Don Snnchc, trois princesses éprises d'un inconnu , qui a fait de bien moins grandes choses (|ue le Cid ; et le pis de tout cela, c'est (jne l'amour de ces princesses ne. produit rien du tout dans la pièce. Ces fautes sont des auleurs espagnols ; mais Corneille ne devait pas les imiler. A l'égard du style, il est à la fois incorrect et recherché, obscur et faible, dur et traînant; il n'a rien de cette élégance et de ce pi(pianl qui .sont absolument nécesssaires dans un pareil sujet. Il faudrait charg<'r les i)ages de remanjues plus longues que le texte, si on voulait criti()uer en détail les expressions. Les remarquessur le premier acU; peuvent suffire pour faire voir aux commençants ce qu'ils doivent imiter, et ce qu'ils ne doivent pas suivre. Les solécismes et les barbarismes dont celle pièce fourmille seront assez senUs. Comme Corneille n'avait point encore de rivaux , il écrivait avec une extrême négligence; et quand il fut éclipse par llaehie, il oerivil encore plus mal. (V.)

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