G20 DON SANCUE, ACTE II, SCENE II
Au choix de don Carlos semblait tout préparer : Je le nommais pour vous. Mais enGn par l'issue Ma crainte s'est trouvée heureusement déçue ; L'effort de votre amour a su se modérer ; Vous l'avez honoré sans vous déshonorer, Et satisfait ensemble , en trompant mon attente , La grandeur d'une reine et l'ardeur d'une amante.
D. ISABELLE
Dis que pour honorer sa générosité,
Mon amour s'est joué de mon autorité,
Et qu'il a fait servir, en trompant ton attente,
Le pouvoir de la reine au courroux de l'amante.
D'abord par ce discours, qui t'a semblé suspect, Je voulais seulement essayer leur respect ' , Soutenir jusqu'au bout la dignité de reine ; Et comme enfin ce choix me donnait de la peine, Perdre quelques moments , choisir un peu plus tard : J'allais nommer pourtant, et nommer au hasard : Mais tu sais quel orgueil ont lors montré les comtes , Combien d'affronts pour lui , combien pour moi de Certes , il est bien dur à qui se voit régner [hontes. De montrer quelque estime, et la voir dédaigner. Sous ombre de venger sa grandeur méprisée, L'amour à la faveur trouve une pente aisée : A l'intérêt du sceptre aussitôt attaché , Il agit d'autant plus qu'il se croit bien caché. Et s'ose imaginer qu'il ne fait rien paraître Que ce change de nom ne fasse méconnaître. J'ai fait Carlos marquis , et comte , et gouverneur ; Il doit à ses jaloux tous ces titres d'honneur : M'en voulant faire avare, ils m'en faisaient prodigue. Ce torrent grossissait , rencontrant cette digue : C'était plus les punir que le favoriser. L'amour me parlait trop, j'ai voulu l'amuser; Par ces profusions j'ai cru le satisfaire , Et l'ayant satisfait , l'obliger à se taire ; Mais , hélas ! en mon cœur il avait tant d'appui , Que je n'ai pu jamais prononcer contre lui. Et n'ai mis en ses mains ce don du diadème Qu'afin de l'obliger à s'exclure lui-même. Ainsi , pour apaiser les murmures du cœur, Mon refus a porté les marques de faveur ; Et, revêtant de gloire un invisible outrage , De peur d'en faire un roi je l'ai fait davantage : Outre qu'indifférente aux vœux de tous les trois
» Essayer le respect; un choix qui donne de la peine; il est bien dur à qui se voit régner; l'amour à la faveur trouve une pcnt-e aisée ; il est attaché à l'intérêt du sceptre ; un outrayc invisible revêtu de gloire. ' Que dire d'un pareil galimatias! il faut se taire, et ne pas continuer d'inutiles remarques sur une pièce qu'il n'est pas possible de lire. Il y a quelques Iieaux morceaux sur la fin. Nous en parlerons avec d'autant plus (le plaisir, que nous ressentons plus de peine h être ohlisés de i rlUquer toujours. C'est suivant ce principe ((uenous ne les reprenons qu'au cinciuiémc acte. (V.)
J'espérais que l'amour pourrait suivre son choix, Et que le moindre d'eux de soi-même estimable Recevrait de sa main la qualité d'aimable.
Voilà, Blanche, oij j'en suis; voilà ce que j'ai fait; Voilà les vrais motifs dont tu voyais l'effet : Car mon âme pour lui , quoique ardemment pressée , Ne saurait se permettre une indigne pensée ; Et je mourrais encore avant que m'accorder Ce qu'en secret mon cœur ose me demander. l\Iais enfin je vois bien que je me suis trompée De m'en être remise à qui porte une épée, Et trouve occasion , dessous cette couleur, De venger le mépris qu'on fait de sa valeur. Je devais par mon choix étouffer cent querelles ; Et l'ordre que j'y tiens en forme de nouvelles, Et jette entre les grands, amoureux de mon rang. Une nécessité de répandre du sang.
Mais j'y saurai pourvoir.
BLANCHE
C'est un pénible ouvrage D'arrêter un combat qu'autorise l'usage , Que les lois ont réglé , que les rois vos aïeux Daignaient assez souvent honorer de leur yeux : On ne s'en dédit point sans quelque ignominie; Et l'honneur aux grands cœurs est plus cher que la
D. ISABELLE. [vie.
Je sais ce que tu dis, et n'irai pas de front Faire un commandement qu'ils prendraient pour af- Lorsque le déshonneur souille l'obéissance ' , [front. Les rois peuvent douter de leur toute-puissance : Qui la hasarde alors n'en sait pas bien user: Et qui veut pouvoir tout ne doit pas tout oser. Je romprai ce combat feignant de le permettre , Et je le tiens rompu si je puis le remettre. Les reines d'Aragon pourront même m'aider. Voici déjà Carlos que je viens de mander : Demeure, et tu verras avec combien d'adresse Ma gloire de mon âme est toujours la maîtresse.