‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 968 sur 1093 · D. ISABELLE, D. MANRIQUE, D. LOPE · texte numérisé non relu

D. ISABELLE, D. MANRIQUE, D. LOPE

D. ISABELLE

Comtes , je ne veux plus donner lieu qu'on murmure Que choisir par autrui c'est me faire une injure ; Et puisque de ma main le choix sera plus beau, Je veux choisir moi-même, et reprendre l'anneau. Je ferai plus pour vous : des trois qu'on me propose . J'en e.\cius don Alvar; vous en savez la cause : Je ne veux point gêner un cœur plein d'autres feux , Et vous ôte un rival pour le rendre à ses vœux. Qui n'aime que par force aime qu'on le néglige ; Et mon refus du moins autant que vous l'oblige.

Vous êtes donc les seuls que je veux regarder : Mais , avant qu'à choisir j'ose me hasarder. Je voudrais voir en vous {]ue!que preuve certaine Qu'en nwi c'est moi qu'on aime, et non l'éclat de reine. L'amour n'est, ce dit-on , qu'une union d'esprits; Et je tiendrais des deux celui-là mieux épris Qui favoriserait ce que je favorise , Et ne mépriserait que ce que je méprise , Qui prendrait en m'aimant même cœur, mêmes yeux : Si vous ne m'entendez, je vais m'expliquer mieux.

Aux vertus de Carlos j'ai paru libérale : Je voudrais en tous deux voir une estime égale, Qu'il trouvât même homieur, même justice en vous , Car ne présumez pas que je prenne un époux Pour m'exposer moi-même à ce honteux outrage Qu'un roi fait de ma main détruise mon ouvrage ; N'y pensez l'un ni l'autre , à moins ([u'un digne effet Suive de votre part ce que pour lui j'ai fait ; Et que par cet aveu je demeure assurée Que tout ce qui m'a plu doit être de durée.

D. MANBIQUE.

Toujours Carlos, madame! et toujours son bonheur Fait dépendre de lui le nûlrc et votre c<cur! J\Iais puisque e'est par là qu'il faut enfin vous plaire, Vous-même apprenez-nousee que nous pouvons faire. Nous l'estimons tous deux un des braves guerrier^ I A qui jamais la guerre ait donné des lauriers :

Page 1