‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 969 sur 1093 · UON SANCHE, ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

UON SANCHE, ACTE III, SCÈNE IV

Notre liberté même est due à sa vaillance ;

Et , quoiqu'il ait tantôt montre quelque insolenee ,

Dont nous a du piquer Thonneur de notre rang,

Vous avez suppléé l'obscurité du sang.

Ce qu'il vous plaît qu'il soit , il est digne de l'être.

Nous lui devons beaucoup , et l'allions reconnaître ,

L'honorer en soldat, et lui faire du bien :

Mais après vos faveurs nous ne pouvons plus rien :

Qui pouvait pour Carlos ne peut rien pour un comte;

Il n'est rien en nos mains qu'il ne reçût sans honte;

r.t vous avez pris soin de le payer pour nous.

D. ISABELLE

1 1 en est en vos mains des présents assez doux , Qui purgeraient vos noms de toute ingratitude , Et mon âme pour lui de toute inquiétude ; Il en est dont sans honte il serait possesseur : En un mot , vous avez l'un et l'autre une sœur ; Et je veux que le roi qu'il me plaira de faire, En recevant ma main , le fasse son beau-frère ; Et que par cet hymen son destin affermi Ne puisse en mon époux trouver son ennemi.

Ce n'est pas , après tout , que j'en craigne la haine'; Je sais qu'en cet État jeserai toujours reine, Et qu'un tel roi jamais , quel que soit son projet Ne sera sous ce nom que mon premier sujet ; !\Iais je ne me plais pas à contraindre personne , Et moins que tous un cœur à qui le mien se donne. Répondez donc tous deux : n'y consentez-vous pas ?

D. MANRIQUE

Oui , madame , aux plus longs et plus cruels trépas , Plutôt qu'à voir jamais de pareils hymenées Ternir en un moment l'éclat de mille années. Ne cherchez point par là éette union d'esprits . Votre sceptre, madame , est trop cher à ce prix ; Et jamais....

D. ISABELLE

Ainsi donc vous me faites connaître Que ce que je l'ai fait il est digne de l'être, Que je puis suppléer l'obscurité du sang?

D. MAIVRIQUE.

Oui , bien pour l'élever jusques à notre rang. .Tamais un souverain ne doit compte à personne Des dignités qu'il fait , et des grandeurs qu'il donne : S'il est d'un sort indigne ou l'auteur ou rapj)ui , Comme il le fait lui seul , la honte est toute à lui. Mais disposer d'un sang que j'ai reçu sans tache ! Avant que le souiller il faut qu'on me l'arrache; J'en dois compte aux aïeux dont il est hérité, A toute leur famille , à la postérité.

D. ISABELLE

Que mon sceptre en vos mains poi te quelque inlamie? Si je suis jusque-là de moi-même ennemie , En quelle qualité , de sujet , ou d'amant , M'osez-vous expliquer ce noble sentiment ? Ah! si vous n'apprenez à parler d'autre sorte....

D. LOPE

ftladame , pardonnez à l'ardeur qui l'emporte ; Il devait s'excuser avec plus de douceur.

Nous avons , en effet, l'un et l'autre une sœur ; ]\Iais , si j'ose en parler avec quelque franchise, A d'autres qu'au marquis l'une et l'autre est promise.

D. ISABELLE

A qui , don Lope ?

1). MANBIQIIE.

A moi , madame.

D. ISABELLE

Et l'autre?

D. LOPE

A moi.

D. ISABELLE

J'ai donc tort parmi vous de vouloir faire un roi.

Allez, heureux amants, allez voir vos maîtresses;

Et , parmi les douceurs de vos dignes caresses ,

N'oubliez pas de dire à ces jeunes esprits

Que vous faites du trône im généreux mépris.

Je vous l'ai déjà dit , je ne force personne ,

Et rends grâce à l'État des amants qu'il me donne.

D. LOPE

Écoutez-nous de grAce.

D. ISABELLE

Et que me direz-vous ?

Que la constance est belle au jugement de tous ? Qu'il n'est point de grandeurs qui la doivent séduire? Quelques autres que vous m'en sauront mieux ins- Et , si cette vertu ne se doit point forcer, [tniire ; Peut-être qu'à mon tour je saurai l'exercer.

D. LOPE

Exercez-Ia, madame, et souffrez qu'on s'explique. Vous connaîtrez du moins don Lope et don Manrique , Qu'un vertueux amour qu'ils ont tous deux pour vous , Ne pouvant rendre heureux sans en faire un jaloux , Porte à tarir ainsi la source des querelles Qu'entre les grands rivaux on voit si naturelles. Ils se sont l'un à l'autre attachés par ces nœuds Qui n'auront leur effet que pour le malheureux : Il me devra sa sœur, s'il faut qu'il vous obtienne; Et si je suis à vous , je lui devrai la mienne. Celui qui doit vous perdre , ainsi , malgré son sort , A s'approcher de vous fait encor son effort : Ainsi , pour consoler l'une ou l'autre infortune ,

Etmoi, Manrique, et moi, qui n'en dois aucun compte. L'une et l'autre est promise, et nous n'en devons

l'en disposerai seule, et j'en aurai la honte. Mais quelle extravagance a pu vous figiner Que je me donne à vous pour »'ous déshonorer,

Nous ignorons laquelle ; et vous la choisirez, [qu'tnip : Puisque enfin c'est la sœur du roi que vous ferez, Jugez donc si Carlos en peut être beau-frère ,

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