D. ALVAR , D. ELVIRE
D. ALVAR
Enfin, après un sort à mes vœux si contraire, Je dois bénir le ciel qui vous renvoie un fière ;
Puisque de notre reine il doit être l'époux, Cette heureuse union me laisse tout à vous. Je me vois affranchi d'un honneur tyrannique , D'un joug que m'imposait cette faveur publi(iue , D'un choix qui me forçait à vouloir être roi ; Je n'ai plus de combat à faire contre moi , Plus à craindre le prix d'une triste victoire; Et l'infidélité que vous faisait ma gloire Consent que mon amour, de ses lois dégagé , Vous rende un inconstant qui n'a jamais changé.
D. ELVIRE
Vous êtes généreux , mais votre impatience Sur un bruit incertain prend trop de confiance ; Et cette prompte ardeur de rentrer dans mes fers Me console trop tôt d'un trône que je perds. Ma perte n'est encor qu'une rumeur confuse Qui du nom de Carlos , malgré Carlos , abuse ; Et vous ne savez pas , à vous en bien parler. Par quelle offre et quels vœux on m'en peut consoler. Plus que vous ne pensez la couronne m'est chère ; Je perds plus qu'on ne croit, si Carlos est mon frère. Attendez les effets que produiront ces bruits; Attendez que je sache au vrai ce que je suis , Si le ciel m'ôte ou laisse enfin le diadème, S'il vous faut m'obtenir d'un frère ou de moi-même, Si , par l'ordre d'autrui , je vous dois écouter, Ou si j'ai seulement mon cœur à consulter.
D. ALVAR
Ah ! ce n'est qu'à ce cœur que le mien vous demande , Madame, c'est lui seul que je veux qui m'entende; Et mon i)ropre bonheur m'accablerait d'ennui Si je n'étais à vous que par l'ordre d'autrui. Pourrais-je de ce frère implorer la puissance Pour ne vous obtenir que par obéissance ; Et , par un lâche abus de son autorité , M'élever en tyran sur votre volonté.^
D. ELVIRE
Avec peu de raison vous craignez qu'il arrive Qu'il ait des sentiments que mon âme ne suive . Le dignesang des roisn'apointd'yeuxqueleursyeux, Et leurs premiers sujets obéissent le mieux. Mais vous êtes étrange avec vos déférences , Dont les submissions cherchent des assurances. Vous ne craignez d'agir contre ce que je veux. Que pour tirer de moi que j'accepte vos vœux , Et vous obstineriez dans ce respect extrême Jusques à me forcer à dire « Je vous aime. » Ce mot est un peu rude à prononcer pour nous ; Souffrez qu'à m'expliquer j'en trouve de plus doux. Je vous dirai beaucoup, sans pourtant vous rien dire. Je sais depuis quel temps vous aimez donc Elvire ; Je sais ce que je dois, je sais ce que je puis : Mais , encore une fois , sachons ce que je suis ; Et , si vous n'aspirez qu'au bonheur de me plaire ,
DON SANCHE
Tâchez d'.ipprofondir ce ilaiigereux mystère. Carlos a tant de lieu de vous considérer, Qhc, s'il devient mon roi , vous devez espérer.
D, ALVAR
Madame...
I). ELVIBK.
En ma faveur donnez-vous cette peine , Kt me laissez, de grâce, entretenir la reine.
D. ALVAR
J'obéis avec joie, et ferai mon pouvoir A vous dire bientôt ce qui s'en peut savoir.