DON SANCHE, ACTE V, SCÈNE L
J'ai cru par ces combats reculer mon malheur. Le coup de votre perte est devenu moins rude , Lorsque j'en ai vu l'heure en quelque incertitude , l'"t que j'ai pu me faire une si douce loi Que ma mort vous donnât un plus vaillant que moi. Mais je n'ai plus, madame, aucun combat à faire. Je vois pour vous don Sanche un époux nécessaire : Car ce n'est point l'amour qui fait l'hymen des rois; Les raisons de l'État règlent toujours leur choix : liBur sévère grandeur jamais ne se ravale, Ayant devant les yeux un prince qui l'égale; Et , puisque le saint nœud qui le fait votre époux Arrête comme sœur done Elvire avec vous , Que je ne puis la voir sans voir ce qui me tue , Permettez que j'évite une fatale vue, Et que je porte ailleurs les criminels soupirs D'un reste malheureux de tant de déplaisirs.
D. ISABELLE
Vous m'en dites assez pour mériter ma haine ,
Si je laissais agir les sentiments de reine ;
Par un trouble secret je les sens confondus ;
Partez , je le consens , et ne les troublez plus, [voie ;
ÎNlais non : pour fuir don Sanche, attendez qu'on le
Ce bruit peut être faux , et me rendre ma joie.
Que dis-je.^ Allez, marquis, j'y consens de nouveau;
î\lais , avant que partir, donnez-lui mon anneau :
Si ce n'est toutefois une faveur trop grande
Que pour tant de faveurs une reine demande.
CARLOS
Vous voulez que je meure, et je dois obéir. Dût cette obéissance à mon sort me trahir : Je recevrai pour grâce un si juste supplice, S'il en rompt la menace, et prévient la malice. Et souffre que Carlos, en donnant cet anneau, Emporte ce faux nom et sa gloire au tombeau. C'est l'unique bonheur oii ce coupable aspire.
D. ISABELLE
Que n'êtes-vous don Sanche ! Ah ciel ! qu'osé-je dirc^* Adieu : ne croyez pas ce soupir indiscret.
CARLOS
îl m'en a dit assez pour mourir sans regret.
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