‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 985 sur 1093 · DON SÂNCHE, ACTE V, SCÈNE V · texte numérisé non relu

DON SÂNCHE, ACTE V, SCÈNE V

D. ISABELLE

11 l'est, et nous fait voir, Par cet injuste effet, son absolu pouvoir, Qui du sang le plus vil tire une âme si belle, Kt forme une vertu qui n'a lustre que d'elle. Parle, Blanche, et dis-nous comme il voit ce mal- BLANCHE. [heur.

Avec beaucoup de honte , et plus encor de cœur. Ou haut de l'escalier je le voyais descendre; lui vain de ce faux bruit il se voulait défendre; Votre cour, obstinée à lui changer de nom, Murmurait tout autour: « Don Sanche d'Aragon! > Quand un chétif vieillard le saisit et l'embrasse. Lui qui le reconnaît frémit de sa disgrâce ; Puis , laissant la nature à ses pleins mouvements , Piépond avec tendresse à ses embrassements. Ses pleurs mêlent aux siens une fierté sincère; [père! On n'entend que soupirs : « Ah, mon fils! ah, mon « O jour trois fois heureux! moment trop attendu! « Tu m'as rendu la vie! » et, « Vous m'avez perdu! »

Chose étrange! à ces cris de douleur et de joie, Un grand peuple accouru ne veut pas qu'on les croie ; 11 s'aveugle soi-même : et ce pauvre pécheur. En dépit de Carlos, passe pour imposteur. Dans les bras de ce fils on lui fait mille hontes ; C'est un fourbe, un méchant suborné par les comtes. Kux-mêmes (admirez leur générosité) S'efforcent d'affermir cette incrédulité : Non qu'ils prennent sur eux de si lâches pratiques ; Mais ils en font auteur un de leurs domestiques , Qui, pensant bien leur plaire, a si mal à propos Instruit ce malheureux pour affronter Carlos. Avec avidité cette histoire est reçue; Chacun la tient trop vraie aussitôt qu'elle est sue ; \'A pour plus de croyance à cette trahison , Les comtes font traîner ce bon homme en prison. Carlos rend témoignage en vain contre soi-même ; Les vérités qu'il dit cèdent au stratagème : Et, dans le déshonneur qui l'accable aujourd'hui , Ses plus grands envieux l'en sauvent malgré lui. 11 tempête, il menace, et, bouillant de colère, Il crie à pleine voix qu'on lui rende son père : On tremble devant lui , sans croire son courroux ; Et rien... Mais le voici qui vient s'en plaindre à vous

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