EXAMEN DE DON SANCIIE D'ARAGON
Colle pièce est loutc d'invention, mais elle n'est pas (ouïe do la mienne. Ce qu'a de fastueux le premier acte est lire d'une comédie cspagncde, intitulée El Palacio confuso; ot la double roconnaissance (pii fiuil le ciufjuièmc est |)iise du roman de don l'élagc. Elle eut d'abord j^rand éclat sur le lliéâlre; mais une disgrâce particulière fil avorter toute sa bonne fortune. Le refus d'un illustre suITrage ^
' La Rrandeur héroïque de don Sanche, qui se croit fils d'un pécheur, est d'une beauté dont le genre était inconnu en France; mais c'e.stla seule chose qui put soutenir cette pièce, indigne d'ailleurs de l'auteur de Cinna. Le succès dépend presque toujours du sujet. Pourquoi [Corneille choisit-il un roman espagnol , une comédie espagnole , pour son modèle , au lieu de choisir dans l'histoire romaine et dans la fahle grecque? C'eut été un Irès-hcau sujet qu'un soldat de fortune qui rétablit sur le trône sa maîtresse et sa mère sans les connaître. Mais il faudrait que dans uu tel sujet tout fut grand et intéressant. (V.)
' Corneille prétend que le refus d'un suffrage illustre lit tomber son Don Sanche. [,e suffrage (|ui lui manqua fut celid du grand Condé; mais Corneille devait se souvenirque les dégoûts
dissipa les applaudissenienis que le public lui avait donnes trop libéraloment, et anéantit si bien tous les anôts que Paris et le reste de la cour avaient prononcés en sa faveur, qu'au bout de quelque temps elle se trouva reléguée dans les piovinccs, où elle conserve encore son premier lustre. Le sujet n'a pas grand artifice. C'est un inconnu , as.sez honnête homme pour se faire aimer de deux reines. L'iné'galité des comlitions met un obstacle au bien qu'elli-s lui veulent durant quatre actes et demi; et quand il faiil de nécessité tinir la pièce, un bon homme semble tondier des nues pour faire développer le secret de sa naissance, qui le rend mari do lune, en le faisant reconnaître pour frère de l'autre :
litre cadini a summo cxpecles minimoquc poëld.
D. Rainiond et ce pécheur ne suivent point la règle (|uc j'ai voulu établir, de n'introduire aucun acteur qui ne fi'it insinué dès le premier acte, ou appelé par quelqu'un de ceux qu'on y a connus. 11 m'était aisé d'y faire dire à la reine D. Léonor ce qu'elle dit à l'entrée du (lualiième; mais si elle eiit fait savoir qu'elle eut eu uu lils, et ((ue le roi, son mari, lui eût appris en mourant ciue D. Kaimond avait un secret à lui révéler, on ent lro|) tôt deviné qne Carlos était ce prince. On peut dire de D. Raimond qu'il vient avec les députés d'Aragon dont il est parlé au premier acte, et qu'ainsi il satisfait aucunement à celle règle ; mais ce n'est qne par hasard qu'il vient avec eux. C'était le pêcheur (pi'il était allé cbcrchei', et non pas eux ; et il ne les joint sur le chemin qu'.'i cause de ce qu'il a ajtpris chez ce pèdieur, qui, deson côté, vient en Casfille de son seul mouvement , sans y être amené par aucun incident dont
et les critiques du cardinal de Richelieu, homme plus accrédité dans la littérature que le grand Condé, n'avaient pu nuire au Cid. Il est plus aisé à un prince de faire la guerre civile que d'anéantir un bon ouvrage. Phklrc se reltîva bientôt, malgré la cabale des hommes les plus puissants. Si Don Sanrhc est presque oublié, s'il n'eut jamais un grand succès, c'est que trois Princesses amoureuses d'un inconnu débitent les maximes les plus froides d'amour et de lierté ; c'est ([u'il ne s'agit que de savoir qui épou.sera ces princesses ; c'est que personne ne se soucie qu'elles .soient mariées ou non. Vous verrez toujours l'amour traité dans les pièces suivantes de Corneille du style froid et entortillé des mauvais romans de ce temps-là. Vous ne veiTcz jamais les sentiments du ccrur développés avec cette noble slmplciité, avec ce naturel tendre, avec celte élégance qui non.s enchante dans le quatrième livre de Virgih', dans certains morceaux d'Ovide, dans plusieurs rôles de; Racine; mérite qu<! depuis Racine personne n'a connu parmi nous, dont aucun auteur n'a approché en Italie depuis le Pastorjldo, niérile enlièrement ignoré en Angleterre, et même dans le reste de l'Europe. Corneille est trop grand par les belles scènes du Cid , de Cinna, des Iloraccs , de Polyeucte , de Pompée, etc. pour qu'on puisse le rabaisser en disant la vérité. Sa mémoire est respectable; la vérité l'est encore davantage. Ce commentaire est principalement destiné h l'instruction des jeunes gens. La plupart de ceux qui ont voulu imiter Corneille, et qui oui cru qu'une intrigue froide, soutenue de (juelques maximes de méchanceté (ju'on appelle; polifir/ne, et d'iii.solence qu'on appelle jraHf/rî/r, pourrait .soutenir leurs pièces, les ont vues tomber pour jamais. Cornc^ille suppose toujours , dans lous les examens de ses pièces, depuis Théodore el Perlliarile , quelque petit défaut<]ui a nui à ses ouvrages; et il oublie liiiijnurs que le froid, (pii est le plus grand défaut, est ceiiui lea tue ( V )
on aiJ pailé ilans la piolase; ot il ua i;«int de raison d'arriver ce jour-là plutôt i|u'un autre, sinon que la pièce n'aurait pu finii- s'il ne fût airivé.
L'unité de jour y est si peu violentée, qu'on peut soutenir que l'action ne demande pour sa durée que le temps de sa représentation. Pour celle de lieu, j'ai déjà dit que je n'en parlerais plus sur les pièces (lui restaient à examiner. Les sentiments du second acte ont autant ou plus de délicatesse qu'aucuns que j'aie mis sur le théâtre. L'amomdes deux reines pour Carlos y paraît très-visible, malgré le soin et l'adresse que toutes les deux apportent h le cacher