‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 997 sur 1093 · NICOMÈDE, ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

NICOMÈDE, ACTE I, SCÈNE II

J'ai besoin que le roi , qu'elle-même vous craigne. Retournez à l'armée, et pour me protéger Montrez cent mille bras tout prêts à me venger. Parlez la force en main , et hors de leur atteinte : S'ils vous tiennent ici, tout est pour eux sans crainte' ; Et ne vous flattez point ni sur votre grand cœur, Kl sur l'éclat d'un nom cent et cent fois vainqueur ^ ; Quelque haute valeur que puisse être la vôtre ^ , Vous n'avez en ces lieux que deux bras comme un au- Et, fussiez-vous du monde et l'amour et l'effroi, [tre4; Quiconque entre au palais porte sa tête au roi. Je vous le dis encor, retournez à l'armée; ^e montrez à la cour que votre renommée ; Assurez votre sort pour assurer le mien ; Faites que l'on vous craigne , et je ne craindrai rien.

Retourner à l'armée! ah! sachez que la reine La sème d'assassins achetés par sa haine, Deux s'y sont découverts que j'amène avec moi Afin de la convaincre et détromper le roi ^. Quoiqu'il soit son époux , il est encor mon père ; Et , quand il forcera la nature à se taire, Trois sceptres à son trône attachés par mon bras Parleront au lieu d'elle , et ne se tairont pas ^. Que si notre fortune à ma perte animée La prépare à la cour aussi bien qu'à l'armée , Dans ce péril égal qui me suit en tous lieux , M'envîrez-vous l'honneur de mourir à vos yeux?

latin n'est pas employé, et tjui n'en exige pas moins le «e français dans sa traduction , Non dubito quin me âmes, je ne doute pas que vous ne m'aimiez. L'auteur en rapportait beaucoupd'autres qui ne nous sont plus présentes; mais les dictionnaires en fourniraient une foule d'exemples encore plus décisifs. (P.)

' S'ils vous tiennent ici , tout est pour eux sans crainte ,

n'est pas français , et n'a de sens en aucune langue ; il veut dire, tout est sûr -pour eux, ils n'ont rien à craindre; ils sont maîtres de tout ; ils peuvent tout; tout les rassure. (V.)

' Un nom n'est pas vainqueur, à moins qu'on n'exprime que la terreur seule de ce nom a tout fait; on dit alors noblement , son nom seul a vaincu. Il ne faut jamais se servir de ces mots inutiles, cent et cent fois. (V.)

3 Ce vers est défectueux. Il est vrai qu'il n'était pas facile; mais ce sont ces mêmes difticultés qui, lorsqu'elles sont vaincues, rendent la belle poésie si supérieure à la prose. (V.)

4 Voilà de ces vers de la basse comédie qu'on se permettait trop souvent dans le style noble. (V.)

^ Il faut pour l'exactitude, et de détromper; mais cette licence est souvent très-excusable en vers : il n'est pas permis de la prendre en prose. (V.)

^ Toute métaphore, comme on l'a dit, pour être bonne, doit être une image qu'on puisse peindre; mais comment peindre trois sceptres qu'un bras attache à un trône, et qui parlent? D'ailleurs , puisque les sceptres parleront , il est clair qu'ils ne se tairont pas. Ces sortes de pléonasmes sont les plus vicieux ; ils retombent quelquefois dans ce qu'on appelle le style niais : Hélas! s'il n'était pas mort, il serait encore en vie. (V.)

Non , je ne vous dis plus désormais que je tremble , Mais que , s'il faut périr, nous périrons ensemble ,

Armons-nous de courage, et nous ferons trembler Ceux dont les lâchetés pensent nous accabler. Le peuple ici vous aime , et hait ces cœurs infâmes ; Et c'est être bien fort que régner sur tant d'âmes. Mais votre frère Attale adresse ici ses pas.

Il ne m'a jamais vu ; ne me découvrez pas '.

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