‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 107 sur 594 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

TULLE, VALÈRE, le vieil HORACE, HORACE, TROUPE DE gardes.

LE VIEIL HORACE

Ah! Sire, un tel honneur a trop d'excès pour moi; Ce n'est point en ce lieu que je dois voir mon roi. Permettez qu'à genoux...

TULLE

Non, levez-vous, mon père.

Je fais ce qu'en ma place un bon prince doit &ire. Un si rare service et si fort important Veut l'honneur le plus rare et le plus éclatant.

(Moatraiit Valère.)

Vous en aviez déjà sa parole pour gage ;

Je ne l'ai pas voulu différer davantage.

J*ai su par son rapport, et je n'en doutais pas.

Comme de vos deux fils vous portez le trépas.

Et que, déjà votre âme étant trop résolue,

Ha consolation vous serait superflue :

Mais je viens de savoir quel étrange malheur

D'un fils victorieux a suivi la valeur,

Et que son trop d'amour pour la cause publique.

Par ses maitis à son père ôte une fille unique.

Ce coup est un peu rude à l'esprit le plus fort;

Et je doute conunent vous portez cette mort.

LE VIEIL HORACE

Sire, avec déplaisir, mais avec patience.

TULLE

Cesl l'effet vertueux de votre expérience. Beaucoup par un long âge ont appris comme vous

130 H0RACI2.

Que le malheur succède au bonheur le plus doux : Peu savent comme vous s'appliquer ce remède , Et dans leur intérêt toute leur vertu cède. Si vous pouvez trouver dans ma compassion Quelque soulagement pour votre affliction , Ainsi que votre mal sachez qu'elle est extrême, Et que je vous en plains autant que je vous aime.

VALÉRE

Sire, puisque le ciel entre les mains des rois

Dépose sa justice et la force des lois.

Et que rÉtat demande aux princes légitimes

Des prix pour les vertus, des peines pour les crimes.

Souffrez qu'un bon sujet vous fasse souvenir

Que vous plaignez beaucoup ce qu'il vous faut punir.

Souffrez...

Quoi! qu'on envoie un vainqueur au supplice?

TULLE

Permettez qu'il achève , et je ferai justice.

J'aime à la rendre à tous, à toute heure, en tout lieu.

C'est par elle qu'un roi se fait un demi-dieu ;

Et c'est dont je vous plains qu'après un tel service ,

On puisse contre lui me demander justice.

VALÉRE

Souffrez donc, ô grand roi, le plus juste des rois. Que tous les gens de bien vous parlent par ma voix. Non que nos cœurs jaloux de ses honneurs s'irritent ; S*il en reçoit beaucoup, ses hauts faits les méritent; Ajoutez-y plutôt que d'en diminuer ; Nous sommes tous encor prêts d'y contribuer : Mais puisque d'un tel crime il s'est montré capable , Qu'il triomphe en vainqueur, et périsse en coupable. Arrêtez sa fureur, et sauvez de ses mains. Si vous voulez régner, le reste des Romains; n y va de la perie ou du salut du reste. La guerre avait un cours si sanglant, si funeste. Et les nœuds de l'hymen, durant nos bons destins. Ont tant de fois uni des peuples si voisins , Qu'il est peu de Romains que le parti contraire N'intéresse eu la mort a'un gendre ou d'un beau-firère. Et qui ne soient forcés de donner quelques pleurs.

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