‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 108 sur 594 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

Dans le bonheur public, à leurs propres malheurs. Si c'est ofienser Rome, et que Fheur de ses armes L'autorise à punir ce crime de nos larmes. Quel sang épargnera ce barbare vainqueur, Qaî ne pardonne pas à celui de sa sœur. Et ne peut excuser cette douleur pressante Que la mort d'un amant jette au cœur d'une amante, Quand, près d'être éclairés du nuptial flambeau. Elle Toit avec lui son espoir au tombeau? Faisant triompher Rome , il se l'est asservie ; n a sur nous un droit et de mort et de vie ; Et nos jours criminels ne pourront plus durer Qu'autant qu'à sa clémence il plaira l'endurer. Je pourrais ajouter aux intérêts de Rome Combien un pareil coup est indigne d'un homme; Je pourrais demander qu'on mit devant vos yeux . Ce grand et rare exploit d'un bras victorieux : Vous verriez un beau sang, pour accuser sa rage, D'un frère si cruel rejaillir au visage : Vous verriez des horreurs qu'on ne peut concevoir; Son âge et sa beauté vous pourraient émouvoir; Mais je hais ces moyens qui sentent l'artifice* Vous avez à demain remis le sacrifice ; Pensez-vous que les dieux, vengeurs des innocents. D'une main parricide acceptent de l'encens? Sur vous ce sacrilège attirerait sa peine ; Ne le considérez qu'en objet de leur haine. Et croyez avec nous qu'en tous ses trois combats Le bon destin de Rome a plus fait que son bras , Puisque ces mêmes dieux, auteurs de sa victoire, lOnt permis qu'aussitôt il en souillât la gloire. Et qu'un si grand courage, après ce double effort. Fût digne en même jour de triomphe et de mort. Sire, c'est ce qu'il faut que votre arrêt décide. En ce lieu Rome a vu le premier parricide , La suite en est à craindre , et la haine des cieux. Sauvez-nous de sa main , et redoutez les dieux.

TULLE

Déiendez-vous, Horace.

A quoi bon me défendre?

Vous savez raction , vous la venez d'entendre ; Ce que vous en croyez me doit être une loi. Sire , on se défend mal contre l'avis d'un roi ; Et le plus innocent devient soudain coupable , Quand aux yeux de son prince il parait condamnable. C'est crime qu'envers lui se vouloir excuser : Notre sang est son bien, il en peut disposer; Et c'est à nous de croire, alors qu'il en dispose. Qu'il ne s'en prive point sans une juste cause. Sire, prononcez donc, je suis prêt d'obéir; D'autres aiment la vie , et je la dois haïr. Je ne reproche point à l'ardeur de Valère Qu'en amant de la sœur il accuse le frère : Mes VŒUX avec les siens conspirent aujourd'hui ; Il demande ma mort, je la veux comme lui. Un seul point entre nous met cette différence, Que mon amour par là cherche son assurance. Et qu'à ce même but nous voulons arriver, f Lui pour flétrir ma gloire, et moi pour la sauver. Sire , c'est rarement qu'il s'offre une matière A montrer d'un grand cœur la vertu tout entière ; Suivant l'occasion elle agit plus ou moins. Et parait forte ou faible aux yeux de ses témoins. Le peuple, qui voit tout seulement par Técorce, S'attache à son effet pour juger de sa force ; Il veut que ses dehors gardent un même cours. Qu'ayant fait un miracle elle en fasse toujours : Après une action pleine, haute, éclatante, Tout ce qui brille moins remplit mal son attente. Il veut qu'on soit égal en tout temps, en tous lieux Il n'examine point si lors on pouvait mieux. Ni que, s'il ne voit pas sans cesse une merveille, L'occasion est moindre et la vertu pareille : Son injustice accable et détruit les grands noms; L'honneur des premiers faits se perd par les seconds ; Et quand la renommée a passé l'ordinaire, Si l'on n'en veut déchoir, il ne faut plus rien faire. Je ne vanterai point les exploits de mon bras ; Votre Majesté , Sire , a vu mes trois combats : Il est bien malaisé qu'un pareil les seconde, Qu'une autre occasion à celle-ci réponde.

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