‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 143 sur 594 · ACTE IV, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IV

Des volontés d'Auguste ordinaire interprète , Est venu l'aborder et sans suite et sans bruit, Et de sa part sur l'heure au palais Ta conduit. Auguste est fort troublé, Ton ignore la cause; Chacun diversement soupçonne quelque chose ; Tous présument qu'il ait un grand sujet d'ennui. Et qu'il mande Cinna pour prendre avis de lui. Mais ce qui m'embarrasse, et que je viens d'apprendre, Cest que deux inconnus se sont saisis d'Évandre, Qa'Euphorbe est arrêté sans qu'on sache pourquoi. Que même de son maître on dit je ne sais quoi : Od lui veut imputer un désespoir funeste; On parle d'eaux, de Tibre, et l'on se tait du reste.

EMILIE

Que de sujets de craindre et de désespérer.

Sans que mon triste cœur en daigne murmurer!

A chaque occasion le ciel y fait descendre

Un sentiment contraire à celui qu'il doit prendre :

Une vaine frayeur tantôt m'a pu troubler ;

Et je suis insensible alors qu'il faut trembler.

Je vous entends, grands dieux! vos bontés que j'adore

Ne peuvent consentir que je me déshonore ;

Et ne me permettant soupirs, sanglots, ni pleurs,

Soutiennent ma vertu contre de tels malheurs.

Vous voulez que je meure avec ce grand courage

Qui m'a fiait entreprendre un si fameux ouvrage;

Et je veux bien périr comme vous l'ordonnez.

Et dans la même assiette où vous me retenez.

0 liberté de Rome ! ô mânes de mon père !

J*ài fait de mon côté tout ce que j'ai pu faire :

Contre votre tyran j'ai ligué ses amis ,

Et plus osé pour vous qu'il ne m'était permis.

Si l'efiet a manqué , ma gloire n'est pas moindre ;

N'ayant pu vous venger, je vous irai rejoindre.

Hais si fumante encor d'un généreux courroux ,

Par un trépas si noble et si digne de vous.

Qu'il vous fera sur l'heure aisément reconnaître

Le sang des grands héros dont vous m'avez fait naître.

488 CINNA

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