‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 158 sur 594 · A LA REINE RÉGENTE · texte numérisé non relu

A LA REINE RÉGENTE

Madàmb,

Quelque connaissance que j*aie de ma faiblesse , quelque profond lespeet qu'imprime Votre Majesté dans les âmes de ceux qui rapprochent, j'avoue que je me jette à ses pieds, sans timidité, sans défiance, et que je me tiens assuré de lui plaire, parce que je suis assuré de lui parler de ce qu*elle aime le mieux. Ce n'est qu'une pièce de théâtre que je lui présente , mais qui l'entretiendra de Dieu : la dignité de la matière est si haute , que l'impuissance de l'artisan ne la peut ravaler ; et votre âme royale se plaît trop à cette sorte d'entretien pour s'offenser des défauts d'un ouvrage où elle rencontrera les délices de son cœur. C'est par là, Madame, que j'espère obtenir de Votre Majesté le pardon du long temps que j'ai attendu à lui rendre cette sorte d'hommage. Toutes les fois que j'ai mis sur notre scène des vertus morales ou politiques, j'en ai toujours cru les tableaux trop peu dignes de paraître devant elle , quand j'ai considéré qu'avec quelque soin que je les pusse choisir dans l'histoire , et quelques ornements dont l'artiGce les pût enrichir, elle en voyait de plus grands exemples dans elle-même. Pour rendre les choses proportionnées, il fallait aller à la plus haute espèce, et n'entreprendre pas de rien offrir de cette naturo à une reine trèsHdirétienne , et qui l'est beaucoup plus encore par ses actions que par son titre, à moins que de lui offrir un portrait des vertus chrétiennes, dont l'amour et la gloire de Dieu formassent les plus beaux traits, et qui rendit les plaisirs qu'elle y pourra prendre aussi propres à exercer sa piété qu'à délasser son esprit. C'est à cette extraordinaire et admirable piété , Madame , que la France est redevable des bénédictions qu'elle voit tomber sur les premières armes de son roi ; les heureux succès qu'elles ont obtenus en sont les rétributions éclatantes , et des coups du ciel , qui répand abondamment sur tout le royaume les récompenses et les grâces que Votre Majesté a méritées. Notre perte semblait infaillible après celle de notre grand monarque; toute l'Europe avait déjà pitié de nous , et s'imaginait que hous nous allions précipiter dans un extrême désordre , parce qu'elle nous voyait dans tine extrême désolation : cependant la prudence et les soins de Votro

* La tngédk da Polytuelt fat imprimée poor la première foia en IM4. Louia XIH était aurt Vuakt précédente , laisaant lei rénea de l*État entre les mains d'Anne d'Antriche» uvtnTe, régente pendant la minorité de son fils, qni depuis fat Lonis le Grand.

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