SCÈNE VII
Percé jusques au fphd du cœur D*ime atteinte imprévue aussi bien que mortelle , Misérable vengeur d*une juste querelle , Et malheureux objet d'une injuste rigueur, Je demeure immobile, et mon âme abattue Cède au coup qui me tue.
Si près de voir mon feu récompensé ,
0 Dieu, l'étrange peine!
En cet affront mon père est ^offensé, Et Toffenseur le père de Chimène !
Que je sens de rudes combats !
Contre mon propre honneur mon amour s'intéresse: D faut venger un père, et perdre une maîtresse. L'un m'anime le cœur, l'autre retient mon bras. Réduit au triste choix ou de trahir ma flamme , Ou de vivre en infâme , Des deux côtés mon mal est infini.
0 Dieu , l'étrange peine !
Faut-il laisser un affront impuni ?
Faut-il punir le père de Chimène?
Père, maîtresse, honneur, amour, Noble et dure contrainte , aimable tyrannie , Tous mes plaisirs sont morts, ou ma gloire ternie. L'un me rend malheureux, l'autre indigne du jour. Cher et cruel espoir d'une âme généreuse , Hais ensemble amoureuse, Digne ennemi de mon plus grand bonheur,
Fer qui causes ma peine , M'es-tu donné pour venger mon honneur?
M'es-tu donné pour perdre ma Chimène?
n vaut mieux courir au trépas.
ie dois à ma maltresse aussi bien qu'à mon père ; Tattire en me vengeant sa haine et sa colère; J'attire ses mépns en ne me vengeant pas. A mon plus doux espoir l'un me rend infidèle . Et l'autre indigne d'elle.
Mon mal augmente à le vouloir guérir;
Tout redouble ma peine. ' Allons, mon âme; et puisqu'il faut mourir. Mourons du moins sans oficnser Chimènc.
Mourir sans tirer ma raison !
Rechercher un trépas si mortel à ma gloire! Endurer que l'Espagne impute à ma mémoire D'avoir mal soutenu l'honneur de ma maison ! Respecter un amour dont mon âme égarée Voit la perte assurée !
N'écoutons plus ce penser suborneur,
Qui ne sert qu'^ ma peine.
Allons, mon bras, sauvons du moins l'honneur. Puisque après tout il faut perdre Chimène.
Oui , mon esprit s'était déçu.
Je dois tout à mon père avant qu'à ma maîtresse : Que je meure au combat , ou meure de tristesse , Je rendrai mon sang pur comme je l'ai reçu. Je m'accuse déjà de trop de négligence ; Courons à la vengeance ; Et , tout honteux d'avoir tant balancé ,
Ne soyons plus en peine.
Puisque aujourd'hui mon père est l'offensé. Si roffenscur est père de Chimène.