‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 20 sur 594 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

Agira contre vous de pleine autorité.

Aussi Yous n'avez point de valable défense. Le rang de l'offensé , la grandeur de l'offense, Demandent des devoirs et des soumissions Qui passent le'conunun des satisfçietions.

LE COMTE

Le roi peut à son gré disposer de ma vie.

D. ARIAS

De trop d'emportement votre foute est suivie. Le roi vous aime encore ; apaisez son courroux. Il a dit, JE LE VEUX ; désobéirez-vous?

LE COMTE

Monsieur, pour conserver tout ce que j'ai d'estime^ Désobéir un peu n'est pas un si grand crime ; Et quelque grand qu'il soit, mes services présents Pour le faire abolir sont plus que suffisants. *

D. ARIAS

Quoi qu'on fasse d'illustre et de considérable, Jamais à son sujet un roi n'est redevable. Vous vous flattez beaucoup , et vous devez savoir Que qui sert bien son roi ne fait que son devoir. Vous vous perdrez, Monsieur, sur cette confiance.

Je ne vous en croirai qu'après l'expérience.

D. ARIAS

Vous devez redouter la puissance d'un roi.

LE COMTE

Un jour seul ne perd pas un homme tel que moi. Que toute sa grandeur s'arme pour mon supplice. Tout l'État périra , s'il faut que je périsse.

D. ARIAS

Quoi ! vous craignez si peu le pouvoir souverain...

LE COMTE

D'un sceptre qui sans moi tomberait de sa main, n a trop d'intérêt lui-même en ma personne , Et ma tète en tombant ferait choir sa couronne.

D. ARIAS

Souffrez que la raison remette vos esprits. Prenez uu bon conseil.

LE COMTE

Le conseil en est pris.

D. ARIAS

Que lui dîrai-je enfin? je lui dois rendra compte.

Que je ne puis du tout consentir à ma honte.

D. ARIAS

Hais songez que les rois veulent être absolus.

LE COMTE

Le sort en est jeté , monsieur , n'en parlons plus.

D. ARIAS

Adieu donc , puisqu*en vain je tâche à vous résoudre : Avec tous vos lauriers, craignez encor le foudre.

LE COMTE

Je l'attendrai sans peur.

D. ARIAS

Mais non pas sans effet.

• LE COMTE

Nous verrons donc par là don Diègue satisfait.

( Il est seal. )

Qui ne craint point la mort ne craint point les menaces. J'ai le cœur au-dessus des plus fièrcs disgrâces ; Et l'on peut me réduire à vivre sans bonheur. Mais non pas ine résoudre à vivre sans honneur.

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