SEPTIME
Seigneur, je suis Romain; je connais l'un et l'autre.
Pompée a besoin d'aide; il vient chercher la vôtre :
Vous pouvez, comme maître absolu de son sort.
Le servir, le chasser, le livrer vif ou mort.
Des quatre, le premier vous serait trop funeste;
Souffrez donc qu'en deux mots j'examine le reste.
Le chasser , c'est vous faire un puissant ennemi ,
Sans obliger par là le vainqueur qu'à demi ,
Puisque c'est lui laisser, et sur mer et sur terre,
La suite d'une longue et difficile guerre ,
Dont peut-être tous deux également lassés
Se vengeraient sur vous de tous les maux passés.
Le livrer à César n'est que la même chose :
n lui pardonnera, s'il faut qu'il en dispose;
Et, s'armant à regret de générosité.
D'une fausse clémence il fera vanité;
Heureux de l'asservir en lui donnant la vie ,
Et de plaire par là même à Rome asservie !
Cependant que , forcé d'épargner son rival ,
Aussi bien que Pompée il vous voudra du mal.
II £aut le délivrer du péril et du crime.
Assurer sa puissance et sauver son estime,
Et du parti contraire en ce grand chef détruit,
Prendre sur vous la honte, et lui laisser le fruit.
C'est là mon sentiment; ce doit être le vôtre :
Par là vous gagnez l'un, et ne craignez plus l'autre.
Hais, suivant d'Âchillas le conseil hasardeux,
286 POMPËE.
Vous n'en gagnez aucun, et les perdez tous deux.
PTOLOMÉE
N'examinons donc plus la justice des causes. Et cédons au torrent qui roule toutes choses. Je passe au plus de voix; et de mon sentiment Je veux bien avoir part à ce grand chang^ient« Assez et trop longtemps l'arrogance de Rome A cru qu'être Romain c'était être plus qu'homme. Abattons sa superbe avec sa liberté; ; Dans le sang de Pompée éteignons sa fierté^ Tranchons l'unique espoir où tant d'orgueil se fonde» Et donnons un tyran à ces tyrans du monde : Secondons le destin qui les veut mettre aux fers* Et prêtons-lui la main pour venger l'univers. Rome, tu serviras; et ces rois que tu bravesi» Et que ton insolence ose traiter d'esclaves^ Adoreront César avec moins de douleur^ Puisqu'il sera ton maître aussi bien que le leur-» Allez donc, Achillas, allez avec Septime Nous immortaliser par cet illustre crinœ. Qu'il plaise au ciel ou non, laissez-m'en le souci. Je crois qu'il veut sa mort, puisqu'il l'amène ici«
ACfllLLAS.
Seigneur, je crois tout juste alors qu'un roi l'ordottne^
PTOLOMÉB.
Allez, et hâtez-vous d'assurer ma couronne^ Et vous ressouvenez que je mets en vos maiiifl Le destin de l'Egypte et cdui des Romams.