‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 229 sur 594 · ACTE II, SGËNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SGËNE I

Fumante encor du sang des amis de Pompée, n trace des soupirs, et, d*un style plaintif, Dans son champ de victoire il se dit mon captif. Oui, tout victorieux il m*écrit de Pharsale; Et, si sa diligence à ses feux est égale. Ou plutôt si la mer ne s*oppose à ses feux, L'Egypte le va voir me présenter ses vœux. Il vient, ma Charmion, jusque dans nos murailles Chercher auprès de moi le prix de ses batailles , IToflrir toute sa gloire, et soumettre à mes lois Ce cœur et cette main qui commandent aux rois : Et ma rigueur, mêlée aux faveurs de la guerre , Ferait un malheureux du maître de la terre.

CHARMION

J*oserais bien jurer que vos charmants appas Se vantent d'un pouvoir dont ils n'useront pas, Et que le grand César n'a rien qui l'importune Si vos seules rigueurs ont droit sur sa fortune. Mais quelle est votre attente, et que prétendez-vous. Puisque d'une autre fenmie il est déjà l'époux. Et qu'avec Calpumie un paisible hyménée Par des liens sacrés tient son âme enchaînée?

CLÉOPATRE

Le divorce, aujourd'hui si commun aux Romains, Peut rendre, en ma faveur, tous ces obstacles vains : César en sait l'usage et la cérémonie ; Un divorce chez lui fit place à Calpumie.

CHARMION

Par cette même voie il pourra vous quitter.

CLÉOPATRE

Peut-être mon bonheur saura mieux l'arrêter; Peut-être mon amour aura quelque avantage Qui saura mieux pour moi ménager son courage. Mais laissons au hasard ce qui peut arriver ; Achevons cet hymen, s'il se peut achever : Ne durftt-il qu'un jour, ma gloire est sans seconde D'être, du moins un jour, la maîtresse du monde. J'ai de l'ambition , et , soit vice ou vertu , Mon cœur sous son fardeau veut bien être abattu ; J'en aime la chaleur, et la nomme sans cesse La seule passion digne d'une princesse*

294 POMPÉE

Mais je veux que la gloire anime ses ardeurs , <2u'elle mène sans honte au faite des grandeurs ; Et je la désavoue alors que sa manie Nous présente le trône avec ignominie.

Ne t'étonne donc plus , Charmion , de me voir Défendre encor Pompée et suivre mon devoir : Ne pouvant rien de plus pour sa vertu séduite , Dans mon âme en secret je Texhorte à la fuite , Et voudrais qu*un orage , écartant ses vaisseaux , Malgré lui Tenlevât aux mains de ses bourreaux. Mais voici de retour le fidèle Achorée, Par lui j*en apprendrai la nouvelle assurée.

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