‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 23 sur 594 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

Dont le récit laial, sitôt qu'on vous l'a fait, D*ane si douce attente a ruiné reffet.

Maudite ambition , détestable manie , Dont les plus généreux souffrent la tyrannie I Honneur impitoyable à mes plus chers désirs, Que tu vas me coûter de pleurs et de soupirs !

l'infante.

Tu n*as dans leur querelle aucun sujet de craindre : Un moment l'a fait naître , un moment va l'éteindre. Elle a fait trop de bruit pour ne pas s'accorder. Puisque déjà le roi les veut accommoder ; Et tu sais que mon âme , à tes ennuis sensible , Pour en tarir la source y fera l'impossible.

Les accommodements ne font rien en ce point : De si mortels affronts ne se réparent point. En vain on fait agir la force ou la prudence ; Si l'on guérit le mal , ce n'est qu'en apparence. La haine que les cœurs conservent au dedans Nourrit des feux cachés , mais d'autant plus ardents.

l'infante.

Le saint nœud qui joindra don Rodrigue et Chimène Des pères ennemis dissipera la haine ; Et nous verrons bientôt votre amour le plus fort Par un heureux hymen étouffer ce discord.,

CHIMENE

Je le souhaite ainsi plus que je ne l'espère : Don Diègue est trop allier, et je connais mon père. Je sens couler des pleurs que je veux retenir; Le passé me tourmente , et je crains l'avenir.

l'infante.

Que crains-tu? d'un vieillard l'impuissante faiblesse ?

chimène.

Rodrigue a du courage.

l'infante.

Il a trop de jeunesse.

chimène.

Les hommes valeureux le sont du premier coup.

l'infante.

Tu ne dois pas pourtant le redouter beaucoup ;

Il est trop amoureux pour te vouloir déplaire ; Et deux mots de ta bouche an^êtent sa colère.

S*il ne m'obéit point » quel comble à mon ennui ! Et, s'il peut m'obéir, que dira-t-on de lui? Étant né ce qu*il est, souflrir un tel outrage! Soit qu'il cède ou résisle au feu qui me l'engage , Mon esprit ne peut qu'être ou bonteux ou confus De son trop de respect, ou d'un juste refus.

l'infante.

Chimène a l'àme haute , et, quoique intéressée. Elle ne peut souffrir une basse pensée ; Hais si jusques au jour de l'accommodement Je fais mon prisonnier de ce parfait amant. Et que j'empêche ainsi l'effet de son courage. Ton esprit amoureux n'aura-t-il point d'ombrage?

CHIMKNE.

Ah ! madame , en ce cas je n'ai plus de souci.

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