‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 236 sur 594 · ACTE II, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IV

Quoique vous ne rendiez que justice à vousHoième, Prendrait l'occasion de venger ce qu'il aime ; Et pour s'assujettir et vos Etats et vous. Imputerait à crime un si juste courroux.

PTOLOHÉE.

Si Cléopfttre vit, s'il la voit, elle est reine.

PHOTIN

Si Cléop&tre meurt, votre perte est certaine.

PTOLOHÉE.

Je perdrai qui me perd, ne pouvant me sauver.

PHOTIN

Pour la perdre avec joie, il faut vous conserver.

PTOLOHÉE.

Quoi ! pour voir sur sa tète éclater ma couronne? Sceptre, s'il faut enfin que ma main t'abandonne, Passe, passe plutôt en celle du vainqueur.

PHOTIN

Vous rarracherez mieux de celle d'une sœur. Quelques feux que d'abord il lui fasse paraître, n partira bientôt, et vous serez le maître. L'amour à ses pareils ne donne point d'ardeur Qui ne cède aisément aux soins de leur grandeur : Il voit encor l'Afrique et l'Espagne occupées Par Juba, Scipion, et les jeunes Pompées; Et le monde à ses lois n'est point assujetti , Tant qu'il verra durer ces restes du parti. Au sortir de Pharsale un si grand capitaine « Saurait mal son métier, s'il laissait prendre haleine , Et s'il donnait loisir à des cœurs si hardis I>e relever du coup dont ils sont étourdis : S'il les vainc, s'il parvient où son désir aspire, n faut qu'il aille à Rome établir son empire. Jouir de sa fortune et de son attentat, Et changer à son gré la forme de l'État Jugez durant *ce temps ce que vous pourrez faire. Seigneur, voyez César, forcez-vous à lui plaire; En lui déférant tout, veuillez vous souvenir Que les événements régleront l'avenir.

Remettez en ses mains trône, sceptre, couronne, Et, sans en murmurer, souffrez qu'il en ordonne : n en crofra sans doute ordonner justement.

303 POMPÉE

En suivant du feu roi l'ordre et le testament :

L'importance d'ailleurs de ce dernier service

Ne permet pas d'en craindre une entière injustice.

Quoi qu'il en fasse enfin, feignez d'y consentir,

Louez son jugement, et laissez-le partir.

Après, quand nous verrons le temps propre aux vengeances,

Nous aurons et la force et les intelligences.

Jusque-là , réprimez ces transports violents

Qu'excitent d'une sœur les mépris insolents :

Les bravades enfin sont des discours frivoles;

Et qui songe aux effets néglige les paroles.

PTOLOHÉE.

Âh ! tu me rends la vie et le sceptre à la fois :

Un sage conseiller est le bonheur des rois.

Cher appui de mon trône, allons, sans plus attendre ,

Offrir tout à César, afin de tout reprendre;

Avec toute ma flotte allons le recevoir.

Et par ces vains honneurs séduire son pouvoir.

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