‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 247 sur 594 · PTOLOMÉE, CLÉOPÂTRE, ACHORÉE, CHARMION · texte numérisé non relu

PTOLOMÉE, CLÉOPÂTRE, ACHORÉE, CHARMION

CLÉOPATRE

J'ai vu César, mon frère, Et de tout mon pouvoir combattu sa colère.

PTOLOMÉE

Vous êtes généreuse; et j'avais attendu Cet office de sœur que vous m'avez rendu. Mais cet illustre amant vous a bientôt quittée.

816 POMPÉE

CLÉOPATRE

Sur quelque brouillerie, en la ville excitée,

Il a voulu lui-même apaiser les débats

Qu'avec nos citoyens ont eus quelques soldats;

Et moi , j*ai bien voulu moi-même vous redire

Que vous ne craignez rien pour vous ni votre empire ;

Et que le grand César blâme votre action

Avec moins de courroux que de compassion.

Il vous plaint d'écouter ces lâches politiques

Qui n'inspirent aux rois que des mœurs tyranniques.

Ainsi que la naissance , ils ont les esprits bas ;

En vain ou les élève à régir des États :

Un cœur né pour servir sait mal comme on commande;

Sa puissance l'accable alors qu'elle est trop grande ;

Et sa main, que le crime en vain fait redouter,

Laisse choir le fardeau qu'elle ne peut porter.

PTOLOHÉE.

Vous diles vrai, ma sœur, et ces effets sinistres

Me font bien voir ma faute au choix de mes ministres.

Si j'avais écouté de plus nobles conseils ,

Je vivrais dans la gloire où vivent mes pareils ;

Je mériterais mieux cette amitié si pure

Que pour un frère ingrat vous donne la nature ;

César embrasserait Pompée en ce palais ;

Notre Egypte à la terre aurait rendu la paix.

Et verrait son monarque encore à juste titre

Ami de tous les deux, et peut-être l'arbitre.

Mais, puisque le passé ne peut se révoquer.

Trouvez bon qu'avec vous mon cœur s'ose expliquer.

Je vous ai maltraitée; et vous êtes si bonne.

Que vous me conservez la vie et la couronne.

Vainquez-vous tout à fait, et par un digne effort.

Arrachez Achillas et Pholin à la mort :

Elle leur est bien due ; ils vous ont offensée ;

Mais ma gloire en leur perte est trop intéressée :

Si César les punit des crimes de leur roi,

Toute l'ignominie en rejaillit sur moi :

Il me punit en eux; leur supplice est ma peine.

Forcer, en ma faveur, une trop juste haine.

De quoi peut satisfaire un cœur si généreux

Le sang abject et vil de ces deux malheureux?

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