SCÈNE IV
CÉSAR, CORNÉLIE. CLÉOPATRE, ANTOINE, LËPIDE, ACHORËE, CHARMION, PHILIPPE.
César, tiens-moi parole, et me rends mes galères.
Achillas et Phoiin ont reçu leurs salaires ;
Leur roi n*a pu jouir de ton cœur adouci ;
Et Pompée est vengé ce qu'il peut Fôtre ici.
Je n'y saurais plus voir qu'un funeste rivage.
Qui de leur attentat m'offre l'horrible image ,
Ta nouvelle victoire, et le bruit éclatant
Qu'aux changements de roi pousse un peuple inconstant;
Et, parmi ces objets, ce qui le plus m'afflige,
C'est d'y revoir toujours l'ennemi qui m'oblige.
Laisse-moi m'affranchir de cette indignité ,
Et souffre que ma haine agisse en liberté.
A cet empressement j'ajoute une requête :
Vois l'urne de Pompée ; il y manque sa tête :
Ne me la retiens plus : c'est l'unique faveur
Dont je te puisse encor prier avec honneur.
CÉSAR
Il est juste, et César est tout prêt à vous rendre Ce reste où vous ave2 tant de droit de prétendre : Hais il est juste aussi qu'après tant de sanglots A ses m&nes errants nous rendions le repos; Qu'un bûcher allumé par ma main et la vôtre Le venge pleinement de la honte de l'autre ; Que son ombre s'apaise eu voyant noire ennui ; Et qu'une urne plus digne et de vous et de lui , Après la flanune éteinte et les pompes finies, Renferme avec éclat ses cendres réunies. De cette même main dont il fut combattu Il verra des autels dressés à sa vertu : n recevra des vœux, de l'encens, des victimes, Sans recevoir par là d'honneurs que légitimes : Pour ces justes devoirs je ne veux que demain ; Ne me refusez pas ce bonheur souverain. Faites un peu de force à votre impatience ;