VIE DE P. CORNEILLE. V
ministre ce même mérite dont il était jaloux comme poète; et il semble que cette grande âme ne pouvait pas avoir des faiblesses qu'elle ne réparât en même temps par quelque chose de noble.
L'Académie Française donna ses Sentiments sur le Cid, et cet ouvrage fut digne de la grande réputation de cettp compagnie naissante. Elle sut conserver tous les égards qu'elle devait à la passion du cardinal et à Festime prodigieuse que le public avait conçue du Cid: elle satisfit le cardinal en reprenant exactement tous les défauts de cette pièce, et le public en les reprenant avec modération, et même souvent avec des louanges.
Quand M. €k)meille eut une fois y pour ainsi dire, atteint jusqu'au Cid, il s*éleva encore dans les Horaces; enfin il alla jusqu'à Ctfifui et à Polyeucicy au-dessus desquels il n'y a rien.
Ces pièces-là étaient d'une espèce inconnue, et l'on vit un nouveau théâtre. Alors M. Corneille, par l'étude d'Aristote et d'Horace, par son expérience, par ses réflexions, et plus encore par son génie, trouva les véritables règles du poème dramatique, et découvrit les sources du beau, qu'il a depuis ouvertes à tout le monde dans les Discours qui sont à la tète de ses comédies. De là irient qu'il est regardé comme le père du théâtre français. Il lui a donné le premier une forme raisonnable ; il Ta porté à son plus haut point de perfection^ et a laissé son secret à qui s'en pourra servir.
Avant que Ton jouât Polyeucte^ M. Corneille le lut à l'hôtel de Rambouillet; souverain tribunal des affaires d'esprit en ce temp&-là. La pièce y fut applaudie autant que le demandaient la bienséance et la grande réputation que l'auteur avait déjà. Mais , quelques jours après, M. Voiture vint trouver M. Corneille, et prit des tours fort délicats pour lui dire que Polyeucte n'avait pas réussi comme il pensait; que surtout le christianisme avait extrêmement déplu. M. Corneille alarmé voulut retirer la pièce d'entre les mains des comédiens qui l'apprenaient; mais enfin il la leur laissa sur la parole d'un d'entre eux, qui n'y jouait point parce qu'il était trop mauvais acteur. Était-ce donc à ce comédien ' à juger mieux que tout l'hôtel de Rambouillet?
Pompée suivit Polyeucte. Ensuite vint le Menteur j pièce co-
> 11 s'sppelall Haateroebe. 11 esi auteur de quelques comédies. Th. Corneille mit sons so» MOI le Dtnil el VEtfrU FolM.