‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 34 sur 594 · ACTE 111, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE 111, SCÈNE IV

La douceur de ma perte et de votre yengeance.

CHIMÉNE.

Hélas!

D. RODRIGUE

Écoute-moi.

CHIMÈNE

Je me meurs.

Un moment

CHIMÉNE.

Va, laisse-moi mourir.

D. RODRIGUE

Quatre mots seulement :

Après, ne me réponds qu*avecque cette épée.

CHIMÉNE.

Quoi ! du sang de mon père encor toute trempée )

D. RODRIGUE

Ha Chimène...

CHIMÉNE.

Ote-moi cet objet odieux , Qui reproche toii crime et ta vie à mes yeux.

D. RODRIGUE

Regarde-le plutôt pour exciter ta haine,

Pour croître ta colère, et pour hâter ma peine*

CHIMÉNE.

n est teint de mon sang.

D. RODRIGUEi

Plonge-le dans le mien ; Et fais4ui perdre ainsi la teinture du tien.

CHIMÉNE.

Ah! quelle cruauté, qui tout en un jour tue Le père par le fer, la fille par la Mie! Ote-moi cet objet, je ne le puis souffrir : Tu veux que je t'écoute, et tu me fais mourir!

D. RODRIGUE

Je fais ce que tu veux , mais sans quitter Fentie De finir par tes mains ma déplorable vie ; Car enfin n'attends pas de mon afiection Un lâche repentir d*une bonne action.

L'irréparable effet d'une chaleur trop prompte Déshonorait mon père, et me couvrait de honte.

Tu sais comme un soufflet touche un homme de cœur;

J'avais part à Taffront, j'en ai cherché Fauteur :

Je l'ai vu, j'ai vengé mon honneur et mon père;

Je le ferais encor, si j'avais à le faire :

Ce n'est pas qu'en effet, contre mon père et moi.

Ha flamme assez longtemps n'ait combattu pour toi ;

Juge de son pouvoir : dans une telle offense

J'ai pu délibérer si j'en prendrais vengeance.

Réduit à te déplaire , ou souffrir un affront ,

J'ai pensé qu'à son tour mon bras était trop prompt.

Je me suis accusé de trop de violence ;

Et ta beauté, sans doute, emportait la balance,

A moins que d'opposer à tes plus forts appas

Qu'un homme sans honneur ne te méritait pas;

Que malgré cette part que j'avais en ton âme ,

Qui m'aima généreux me haïrait infâme ;

Qu'écouter ton amour, obéir à sa voix ,

C'était m'en rendre indigne et diffamer ton choix.

Je te le dis encore, et, quoique j'en soupire ,

Jusqu'au dernier soupir je veux bien le redire :

Je t'ai fait une offense , et j'ai dû m'y porter

Poui' effacer ma honte , et pour te mériter ;

Hais, quitte envers l'honneur, et quitte envers mon père,

C'est maintenant à toi que je viens satisfaire :

C'est pour t'offrir mon sang qu'en ce lieu tu me vois.

J'ai fait ce que j'ai dû , je fais ce que je dois.

Je sais qu'un père mort t'arme contre mon crime ;

Je ne t'ai pas voulu dérober ta victime :

Immole avec courage au sang qu'il a perdu

Celui qui met sa gloire à l'avoir répandu.

CHIMÉNE.

Ah, Rodrigue! il est vrai, quoique ton ennemie. Je ne te puis blâmer d'avoir fui l'infamie ; Et , de quelque façon qu'éclatent mes douleurs , Je ne t'accuse point, je pleure mes malheurs. Je sais ce que l'honneur, après un tel outrage, Demandait à l'ardeur d'un généreux courage : Tu n'as fait le devoir que d'un homme de bien ; Hais aussi , le faisant , tu m'as appris le mien. Ta funeste valeur m'instruit par ta victoire ; Elle a vengé ton père et soutenu ta gloire :

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