‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 341 sur 594 · RODOGUNE, LAONICE · texte numérisé non relu

RODOGUNE, LAONICE

Je ne sais quel malheur aujourd'hui me menace ,

Et coule dans ma joie une secrète glace :

Je tremble, Laonice, et te voulais parler,

Ou pour chasser ma crainte , ou pour m'en consoler.

LAONlCE.

Quoi! Madame, en ce jour pour vous si plein de gloire!

Ce jour m'en promet tant que j'ai peine à tout croire.

La fortune me traite avec trop de respect;

Et le trône, et l'hymen, tout me devient suspect.

L'hymen semble à mes yeux cacher quelque supplice,

Le trône sous mes pas creuser un précipice ;

Je vois de nouveaux fers après les miens brisés , '

Et je prends tous ces biens pour des maux déguisés :

Et un mot, je crains tout de l'esprit de la reine.

LAONICE

La paix qu'elle a jurée en a calmé la haine.

La haine entre les grands se calme rarement; La paix souvent n'y sert que d'un amusement; ^ Et, dans l'état où j'entre, à te parler sans feinte. Elle a lieu de me craindre, et je crains cette crainte. Non qu'enfin je ne donne au bien des deux États Ce que j'ai dû de haine à de tels attentats : J'oublie, et pleinement, toute mon aventure; Mais une grande oCTense est de cette nature, Que toujours son auteur impute à l'offensé Un vif ressentiment dont il le croit blessé; Et, quoiqu'en apparence on les réconcilie. Il le craint, il le hait, et jamais ne s'y fie; Et, toujours alarmé de cette illusion.

Sitôt qu'il peut le perdre, il prend l'occasion. Telle est pour moi la reine.

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