‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 358 sur 594 · SCÈNE V ANTIOCHUS, SÉLEUCUS · texte numérisé non relu

SCÈNE V ANTIOCHUS, SÉLEUCUS

ANTIOCHUS

Hélas ! c'est donc ainsi qu'on traite Les plus profonds respects d'une amour si parfaite !

SÉLEUCUS

Elle nous fuit, mon frère, après cette rigueur.

Elle fuit, mais en Parthe, en nous perçant le cœur.

SÉLEUCUS

Que le ciel est injuste! Une âme si cruelle Héritâdt notre mère, et devait naître d'elle.

ANTIOCHUS

Plaignons-nous sans blasphème.

SÉLEUCUS

Ah! que vous me gênez Par cette retenue où vous vous obstinez ! Faut-il encor régner? faut-il l'aimer encore?

ANTIOCHUS

U faut plus de respect pour celle qu'on adore.

SÉLEUCUS

C'c&l OU d'elle ou du trône être ardemment épris , Que vouloir ou l'aimer ou régner à ce priic.

ANTIOCHUS

C'est et d'elle et de lui tenir bien peu de compte, Que faire une révolte et si pleine et si prompte.

SÉLEUCUS

Lorsque l'obéissance a tant d'impiété , La révolte devient une nécessité.

La révolte, mon frère, est bien précipitée

Quand la loi qu'elle rompt peut être rétractée;

Et c'est à nos désirs trop de témérité

De vouloir de tels biens avec facilité.

Le ciel par les travaux veut qu'on monte à la gloire :

Pour gagner un triomphe il faut une victoire.

Mais que je tciche en vain de flatter nos tourments!

Nos malheurs sont plus forts que ces déguisements.

Leur excès à mes yeux parait un noir abime

Où la haine s'apprête à couronner le crime,

Où la gloire est sans nom , la vertu sans honneur,

Où sans un parricide il n'est point de bonheur;

Et, voyant de ces maux l'épouvantable image,

Je me sens aflaiblir quand je vous encourage ;

Je frémis , je chancelle ; et mon cœur abattu

Suit tantôt sa douleur, et tantôt sa vertu.

Mon frère , pardonnez à des discours sans suite ,

Qui font trop voir le trouble où mon âme est réduite.

SÉLEUCUS

J*en ferais comme vous, si mon esprit troublé

Ne secouait le joug dont il est accablé.

Dans mon ambition, dans l'ardeur de ma flamme,

Je vois ce qu'est un trône, et ce qu'est une femme;

Et, jugeant par leur prix de leur possession.

J'éteins enfin ma flamme et mon ambition ;

Et je vous céderais l'un et l'autre avec joie ,

Si , dans la liberté que le ciel me renvoie ,

La crainte de vous faire un funeste présent

Ne me jetait dans l'âme un remords trop cuisant.

Dérobons-nous, mon frère, à ces ûmes cruelles,

Et laissons-les sans nous achever leurs querelles.

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