ACTE ÎÏI, SCÈNE VI
ANTIOCHUS
Comme j'aime beaucoup , j'espère encore un peu. L'espoir ne peut s'éteindre où brûle tant de feu ; Et son reste confus me rend quelques lumières Pour juger mieux que vous de ces âmes si fières. Croye^moi, l'une et l'autre a redouté nos pleurs : Leur fuite à nos soupirs a dérobé leurs cœurs; Et, si tantôt leur haine eût attendu nos larmes, Leur haine à nos douleurs aurait rendu les armes.
SÉLEUCUS
Pleurez donc à leurs yeux , gémissez , soupirez , Et je craindrai pour vous ce que vous espérez. Quoi qu'en votre faveur vos pleurs obtiennent d'elles, Il vous faudra parer leurs haines mutuelles , Sauver l'une de l'autre; et peut-être leurs coups, Vous trouvant au milieu, ne perceront que vous : C'est ce qu'il faut pleurer. Ni mailresse ni mère , M'ont plus de choix ici ni de lois à nous faire; Quoi que leur rage exige ou de vous ou de moi , Rodogune est à vous, puisque je vous fuis roi : Épargnez vos soupirs près de l'une et de l'autre. J'ai trouvé mon bonheur, saisissez-vous du vôtre : Je n'en suis point jaloux ; et ma triste amitié Ne le verra jamais que d'un œil de pitié.