‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 365 sur 594 · CLÉOPATRE, ANTIOCHUS, LAONICE · texte numérisé non relu

CLÉOPATRE, ANTIOCHUS, LAONICE

CLÉOPATRE

Eh bien! Antiochus, vous dois-je la couronne?

ANTIOCHUS

Madame , vous savez si le ciel me la donne.

CLÉOPATIIE.

Vous savez mieux que moi si vous la méritez.

ANTIOCHUS

Je sais que je péris si vous ne m'écoutez.

CLÉOPATRE

Un peu trop lent peut-être à servir ma colère ,

Vous- vous êtes laissé prévenir par un frère :

n a su me venger quand vous délibériez,

Et je dois à son bras ce que vous espériez.

Je vous en plains, mon fils, ce malheur est extrême;

C'est périr en effet que perdre un diadème.

Je n'y sais qu'un remède , encore est-il fâcheux ,

Étonnant, incertain, et triste pour tous deux;

Je périrai moi-même avant que de le dire :

Mais enfin on perd tout quand on perd un empire.

ANTIOCHUS

Le remède à nos maux est tout eu votre main , Et n'a rien de fâcheux, d'étonnant, d'incertain; Votre seule colère a fait notre infortune. Nous perdons tout. Madame, en perdant Rodogune : Nous l'adorons tous deux; jugez en quels tourments Nous jette la rigueur de vos commandements. L'aveu de cet amour sans doute vous offense ; Mais enfin nos malheurs croissent par le silence, Et votre cœur, qu'aveugle un peu d'inimitié , S'il ignore nos maux, n'en peut prendre pitié. Au point où je les vois , c'en est le seul remède.

CLÉOPATRE

Quelle aveugle fureur vous-même vous possède? Avez-vous oublié que vous parlez à moif

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