LÉONTINE, EUDOXE
léontineI Ce n'est plus avec vous qu'il faut que je déguise ; A ne vous rien cacher son amour m'autorise : Vous saurez les desseins de tout ce que j'ai fait, Et pourrez me servir à presser leur effet. Notre vrai Martian adore la princesse : Animons toutes deux Tamant pour la maîtresse ; Faisons que son amour nous venge de Phocas , Et de son propre fils arme pour nous le bras. Si j'ai pris soin de lui, si je l'ai laissé vivre , Si je perdis Léonce , et ne le fis pas suivre , Ce fut sur l'espoir seul qu'un jour, pour s'agrandir, A ma pleine vengeance il pourrait s'enhardir. Je ne l'ai conservé que pour ce parricide.
EUDOXE
Ah ! Madame !
LÉONTINE
Ce mot déjà vous intimide !
C'est à de telles mains qu'il nous fayt recourir ; C'est par là qu'un tyran est digne de périr ; Et le courroux du ciel, pour en purger la terre, Nous doit un parricide au refus du tonnerre. C'est à nous qu'il remet de l'y précipiter : Phocas le commettra, s'il le peut éviter; Et nous immolerons au sang de votre frère Le père par le fils , ou le fils par le père. L'ordre est digne de nous; le crime est digne d'eux : Sauvons Héracliusau péril de tous deux.
EUDOXE
Je sais qu'un parricide est digne d'un tel père ; Hais faut-il qu'un tel fils soit en péril d'en faire? Et sachant sa vertu , pouvcz-vous justement Abuser jusque-là de son aveuglement?
LÉONTINE
Dans le fils d'un tyran l'odieuse naissance Mérite que l'erreur arrache l'innocence,
608 UÉRACLIUS.
Et que , de quelque éclat qu*il se soit revêtu , Un crime qu'il ignore en souille la vertu.