MARTIAN, LÉONTINE, EXUPÈRE, EUDOXE
MARTIAN
Madame, dois-je croire un billet de Maurice? Voyez si c'est sa main, ou s'il est contrefait; Dites s'il me détrompe, ou m'abuse en effet. Si je suis votre fils , ou s'il était mon père : Vous en devez connaître encor le caractère.
LÉONTINE, lUant le billet
c Léontine a trompé Phocas , c Et, livrant pour mon fils un des siens au trépas, « Dérobe à sa fureur l'héritier de l'empire, c 0 vous qui me restez de fidèles sujets ,
< Honorez son grand zèle , appuyez ses projets !
< Sous le nom de Léonce Héraclius respire.
< Maurice. »
(Elle rend la billet à Exnpère.)
Seigneur, il vous dit vrai : vous étiez en mes mains Quand on ouvrit Byzance au pire des humains. Haurfce m'honora de cette confiance; Mon zèle y répondit par delà sa croyance. Le voyant prisonnier et ses quatre autres fils. Je cachai quelques jours ce qu'il m'avait commis ; Mais enfin , toute prête à me voir découverte , Ce zèle sur mon sang détourna votre perte. Tallai pour vous sauver vous offrir à Phocas ; Hais j'offris votre nom , et ne vous donnai pas. La généreuse ardeur de sujette fidèle Me rendit pour mon prince à moi-même cruelle : Mon fils fut, pour mourir, le fils de l'empereur. J'éblouis le tyran , je trompai sa fureur : Léonce, au lieu de vous, lui servit de victime.
(Elle fait un sonpir.)
Ah! pardonnez, de grâce; il m'échappe sans crime. J'ai pris pour vous sa vie, et lui rends un soupir; Ce n'est pas trop. Seigneur, pour un tel souvenir : A cet Illustre effort par mon devoir réduite , J'ai dompté la nature, et ne l'ai pas détruite.
610 HÉRACLIUS
Phocas, ravi de joie à cette illusion, He combla de faveurs avec profusion , Et nous fit de sa main cette haute fortune Dont il n*est pas besoin que je vous importune. Voilà ce que mes soins vous laissaient ignorer; Et j'attendais , Seigneur, à vous le déclarer. Que , par vos grands exploits , votre rare vaillance Pût faire à l'univers croire votre naissance , Et qu'une occasion pareille à ce grand bruit Nous pût de son aveu promettre quelque fruit; Car, comme j'ignorais que notre grand monarque En eût pu rien savoir , ou laisser quelque marque , Je doutais qu'un secret, n'élant su que de moi. Sous un tyran si craint pût trouver quelque foi.
EXDPÈRE.
Comme sa cruauté, pour mieux gêner Maurice, Le forçait de ses fils à voir le sacrifice , Ce prince vit l'échange, et Fallait empêcher; Mais l'acier des bourreaux fut plus prompt à trancher ; La mort de votre fils arrêta celte envie , Et prévint d'un moment le refus de sa vie. Maurice, à quelque espoir se laissant lors flatter. S'en ouvrit à Félix , qui vint le visiter, Et trouva les moyens de lui donner ce gage Qui vous en pût un jour rendre un plein témoignage. Félix est mort, Madame, et naguère en mourant Il remit ce dépôt à son plus cher parent; Et m'ayant tout conté : «Tiens, dit-il, Exupère, « Sers ton prince , et venge ton père. >
! Armé d'un tel secret , Seigneur , j'ai voulu voir
Combien parmi le peuple il aurait de pouvoir.
' J'ai fait semer ce bruit sans vous faire connaître;
Et, voyant tous les cœurs vous souhaiter pour maître,
I J'ai ligué du tyran les secrets ennemis,
I Mais sans leur découvrir plus qu'il ne m'est permis.
i Ils aiment votre nom , sans savoir davantage ;
j Et cette seule joie anime leur courage,
I " Sans qu'autres que les deux qui vous parlaient là-bas
^ De tout ce qu'elle a fait sache plus que Phocas.
' Vous venez de savoir ce que vous vouliez d'elle ;
; C'est à vous de répondre à sou généreux zèle.