MARTIAN, LÉONTINE, EUDOXE
MARTIAN
Madame, pour laisser toute sa dignité
A ce dernier effort de générosité ,
Je crois que les raisons que vous m'avez données
ITen ont seules caché le secret tant d'années.
D*autres soupçonneraient qu'un peu d'ambition,
542 HËRACLIUS.
Du prince Martian voyant la passion.
Pour lui voir sur le Irône élever votre iBlle , Aurait voulu laisser Tcmpire en sa famille , Et me faire trouver un tel destin bien doux Dans l'étemelle erreur d'être sorti de vous : Hais je tiendrais à crime une telle pensée. Je me plains seulement d'une ardeur insensée , D'un détestable amour que pour ma propre sœur Vous-même vous avez allumé dans mon cœur. Quel dessein faisiez-vous sur cet aveugle inceste?
LÉONTINE
Je vous aurais tout dit avant ce nœud funeste ; Et je le craignais peu, trop sûre que Phocas, Ayant d'autres desseins , ne le souffrirait pas. Je voulais donc , Seigneur, qu'une flamme si belle Portât votre courage aux vertus dignes d'elle, Et que, votre valeur l'ayant su mériter, Le refus du tyran vous pût mieux irriter. Vous n'avez pas rendu mon espérance vaine : J'ai vu dans votre amour une source de haine ; Et j'ose dire encor qu'un bras si renommé ' Peut-être aurait moins fait si le cœur n'eût aimé. Achevez donc, Seigneur; et puisque Pulchérie Doit craindre l'attentat d'une aveugle furie...
MARTIAN
Peut-être il vaudrait mieux moi-même la porter A ce que le tyran témoigne en souhaiter : Son amour, qui pour moi résiste à sa colère, N'y résistera plus quand je serai son frère. Pourrais-je lui trouver un plus illustre époux?
LÉONTINE
Seigneur, qu'allez-vous faire? et que me dites-vous?
MARTIAN
Que peut-être, pour rompre un si digne hyménée, J'expose à tort ma tête avec ma destinée, Et fais d'Héraclius un chef de conjurés Dont je vois les complots encor mal assurés. Aucun d'eux du tyran n'approche la personne ; Et quand même l'issue en pourrait être bonne, Peut-être il m'est honteux de reprendre l'État Par l'infâme succès d'un lâche assassinat;