ACTE III, SCÈNE
Ni VOUS , mettre l'empire en la main d*un époux , Épousez Hartian comme un autre moi-même ; Ne pouvant être à moi , soyez à ce que j*aime.
PULCHÉRIE
Ne pouvant être à vous, je pourrais justement Voiûoir n*ôtre à personne, et fuir tout autre amant; Hais on pourrait nommer cette fermeté d'âme Un reste mal éteint d'incestueuse flamme. Afin donc qu'à ce choix j'ose tout accorder, Soyez mon empereur pour me le commander. Hartian vaut beaucoup, sa personne m'est chère; Hais purgez sa vertu des crimes de son père , Et donnez à mes feux pour légitime objet Dans le fils du tyran votre premier sujet.
' HARTIAN.
Vous le voyez, j'y cours; mais enfin, s'il arrive Que l'issue en devienne ou funeste ou tardive , Votre perte est jurée ; et d'ailleurs nos amis Au tyrân immolé voudront joindre ce fils. Sauvez d'un tel péril et sa vie et la vôtre ; Par cet heureux hymen, conservez l'un et l'autre ; Garantissez ma sœur des fureurs de Phocas , Et mon ami de suivre un tel père au trépas. Faites qu'en ce grand jour la troupe d'Exupère Dans un sang odieux respecte mon beau-frère ; Et donnez au tyran , qui n'en pourra jouir, Quelques moments de joie afin de l'éblouir.
PULCHÉRIE
Hais, durant ces moments, unie à sa famille,
n deviendi^ mon père, et je serai sa fille;
Je lui devrai respect, amour, fidélité ;
Ha haine n'aura plus d'impétuosité ;
Et tous mes vœux pour vous seront mous et timides
Quand mes vœux contre lui seront des parricides.
Outre que le succès est encore à douter.
Que l'on peut vous trahir, qu'il peut vous résister,
Si vous y succombez , poun-ai-je me dédire
D'avoir porté chez lui les titres de l'empire ?
Ah ! combien ces moments de quoi vous me flattez
Alors pour mon supplice auraient d'éternités !
Votre haine voit peu l'erreur de sa tendresse;
518 HÊRACLIUS.
Comme elle vient de naître, elle n*est que faiblesse:
La mienne a plus de force, et les yeux mieux ouverts;
Et, se dût avec moi perdre tout l'univers.
Jamais un seul moment, quoi que Ton puisse faire,
Lé tyran n'aura droit de me traiter de père.
Je ne refuse au fils ni mon cœur ni ma foi :
Vous Taimez, je l'estime, il est digne de moi :
Tout son crime est un père à qui le sang l'attache ;
Quand il n'en aura plus, il n'aura plus de tache;
Et cette mort, propice à former ces beaux nœuds,
Purifiant l'objet, justlflra mes feux.
Allez donc préparer cette heureuse journée ,
Et du sang du tyran signez cet hyménée.
Hais quel mauvais démon devers nous le conduit?
MARTIAN
Je suis trahi. Madame, Exupère le suit.