‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 42 sur 594 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

J'eusse pu donner ordre à repousser leurs armes.

Ne sont point des exploits qui laissent à ton roi

Le moyen ni Fespoir de s'acquitter vers toi.

Hais deux rois tes captifs feront ta récompense :

Ils t'ont nommé tous deux leur Cid en ma présence.

Puisque Cid en leur langue est autant que seigneur.

Je ne t'envîrai pas ce beau titre d'honneur.

Sois désormais le Cid; qu'à ce grand nom tout cède;

Qu'il comble d'épouvante et Grenade et Tolède,

Et qu'il marque à tous ceux qui vivent sous mes lois

Et ce que tu me vaux, et ce que je te dois.

D. RODRIGUE

Que Votre Majesté , Sire , épargne ma honte. D'un si faible service elle fait trop de compte. Et me force à rougir, devant un si grand roi. De mériter si peu l'honneur que j'en reçoi. Je sais trop que je dois au bien de votre empire , Et le sang qui m'anime , et l'air que je respire ; Et quand je les perdrai pour un si digne objet , Je ferai seulement le devoir d'un sujet.

D. FERNAND

Tous ceux que ce devoir à mon service engage Ne s'en acquittent pas avec môme courage; Et lorsque la valeur ne va point dans l'excès, Elle ne produit pas de si rares succès. Souffre donc qu'on te loue, et de cette victoire Apprends-moi plus au long la véritable histoire.

D. RODRIGUE

Sire, vous avez su qu'en ce danger preissant. Qui jeta dans la ville un effroi si puissant , Une troupe d'amis chez mon père assemblée Sollicita mon âme encor toute troublée... Hais, Sire, pardonnez à ma témérité.

Si j'osai l'employer sans votre autorité : Le péril approchait ; leur brigade était prête ; Me montrant à la cour, je hasardais ma tète : Et, s'il fallait la perdre, il m'était bien plus doux De sortir de la vie en combattant pour vous.

D. FERNAND

J'excuse ta chaleur à venger ton offense ; Et l'Etat défendu me parle en ta défense :

Crois que dorénavant Chimèn'e a beau parler, Je ne l'écoute plus que pour la consoler. Mais poursuis. »

Sous moi donc cette troupe s'avance.

Et porte siur le front une mâle assurance. Nous partîmes cinq cents; mais, par un prompt renfort > Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port. Tant , à nous voir marcher avec un tel visage , Les plus épouvantés reprenaient de courage ! J'en cache les deux tiers, aussitôt qu'arrivés , Dans le fond des vaisseaux qui lors furent trouvés : Le reste, dont le nombre augmentait à toute heure, Brûlant d'impatience, autour de moi demeure , Se couche contre terre , et sans faire aucun bruit. Passe une bonne part d'une si belle nuit. Par mon commandement la garde en fait de même. Et, se tenant cachée, aide à mon stratagème; Et je feins hardiment d'avoir reçu de vous L'ordre qu'on me voit suivre et que je donne à tous. Celte obscure clarté qui tombe des étoiles Enfin avec le flux nous fit voir trente voiles; L*onde s'enfle dessous, et d'un commun effort Les Maures et la mer montent jusques au port. On les laisse passer; tout leur paraît tranquille; Point de soldats au port, point aux murs de la ville. Notre profond silence abusant leurs esprits, Ils n'osent plus douter de nous avoir surpris; Ils abordent sans peur, ils ancrent, ils descendent, Et courent se livrer aux mains qui les attendent. Nous nous levons alors, et tous en même temps Poussons jusques au ciel mille cris éclatants; Les nôtres, à ces cris, de nos vaisseaux répondent; Ils paraissent armés, les Maures se confondent. L'épouvante les prend à demi descendus; Avant que de combattre, ils s'estiment perdus. Us couraient au pillage, et rencontrent la guerre; Nous les pressons sur l'eau, nous les pressons sur terre. Et nous faisons courir des ruisseaux de leur sang Avant qu'aucun résiste ou reprenne son rang. Mais bientôt, malgré nous, leurs princes les rallient,

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