‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 43 sur 594 · ACTE IV, SCÈNE HI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE HI

Leur courage renaît, et leurs terreurs s'oublient :

La honte de mourir sans avoir combattu

Arrête leur désordre , et leur rend leur vertu.

Contre nous de pied ferme ils tirent leurs alfanges ,

De notre sang au leur font d'horribles mélanges;

Et la terre, et le fleuve, et leur flotte, et le port.

Sont des champs de carnage où triomphe la mort.

0 combien d'actions, combien d'exploits célèbres

Sont demeurés sans gloire au milieu des ténèbres ,

Où chacun, seul témoin des grands coups qu'il donnait.

Ne pouvait discerner où le sort inclinait !

J'allais de tous côtés encourager* les nôtres,

Faire avancer les uns, et soutenir les autres.

Ranger ceux qui venaient, les pousser à leur tour;

Et ne l'ai pu savoir jusques au point du jour.

Hais enfin sa clarté montre notre avantage ;

Le Haure voit sa perte , et perd soudain courage :

Et, voyant du renfort qui nous vient secourir.

L'ardeur de vaincre cède à la peur de mourir.

Ils gagnent leurs vaisseaux, ils en coupent les câbles,

Poussent jusques aux cieux des cris épouvantables ,

Font retraite en tumulte, et sans considérer

Si leurs rois avec eux peuvent se retirer.

Pour souffrir ce devoir, leiu* frayeur est trop forte;

Le flux les apporta, le reflux les remporte;

Cependant que leurs rois, engagés parmi nous.

Et quelque peu des leurs, tout percés de nos coups,

Disputent vaillamment et vendent bien leur vie.

A se rendre moi-même en vain je lés convie ;

Le cimeterre au poing, ils ne m'écoutent pas :

Mais voyant à leurs pieds tomber tous leurs soldats.

Et que seuls désormais en vain ils se défendent,

Ils demandent le chef; je me nomme, ils se rendent.

Je vous les envoyai tous deux en même temps;

Et le combat cessa faute de combattants.

C'est de cette façon que , pour votre service...

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