‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 432 sur 594 · ACTE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III

BÉRACLIUS.

Je meurs pour vous le rendre , et pour le secourir*

PHOGAS.

C*est me Fôter assez que ne vouloir plus Tètre.

HÉRACLIUS

G*est TOUS le rendre assez que le faire connaître.

PHOGAS.

G*est me Tôter assez que me le supposer.

HÉRAGLIUS.

C'est TOUS le rendre assez que vous désabuser.

PHOGAS.

Laisse-moi mon erreur, puisqu'elle m*est si chère. Je Vadopte pour fils, accepte-moi pour père : Fais vivre Héraclius sous 1 un ou l'autre sort; Pour moi 9 pour toi, pour lui, fais-toi ce peu d'effort.

HÉRAGLIUS.

Âh ! c*en est trop enfin , et ma gloire blessée Dépouille un vieux respect où je l'avais forcée. De quelle ignominie osez-vous me flatter? Toutes les fois, tyran, qu'on se laisse adopter. On veut une maison illustre autant qu'amie , On cherche de la gloire , et non de l'infamie ; Et ce serait un monstre horrible à vos États Que le fils de Maurice adopté par Phocas.

PHOGAS.

Va , cesse d'espérer la mort que tu mérites ; Ce n'est que contre lui, lâche, que tu m'irrites : Tu te veux rendre en vain indigne de ce rang; Je m'en prends à la cause , et j'épargne mon sang. Puisque ton amitié de ma foi se défie Jusqu'à prendre son nom pour lui sauver la vie. Soldats, sans plus tarder, qu'on l'immole à ses yeux; Et sois après sa mort mon fils, si tu le veux.

HÉRAGLIUS.

Perfides, arrêtez!

MARTIAN

Ah! que voulez-vous faire, Prince?

HÉRAGLIUS.

Sauver le fils de la fureur du père.

MARTIAN

Conservez-lui ce fils qu'il ne cherche qu'en vous;

544 HERACLIUS

Ne troublez point un sort qui lui semble si doux. C'est avec assez d*heur qu'Héraclius expire , Puisque c*est en vos mains que tombe son empire. Le ciel daigne bénir votre sceptre et vos jours!

PHOGAS.

C'est trop perdre de temps à souffrir ces discours. Dépêche, Octavian.

HÉRACLIUS, àOeUTian.

N'attente rien, barbare!

Je suis...

PHOCAS

Avoue enfin.

HÉRACLIUS

Je tremble, je m'égare; Et mon cœur...

PHOCAS, àHéncUiu.

Tu pourras à loisir y penser.

(A OcUTian.)

Frappe.

HÉRACLIUS

Arrête; je suis... Puis-je le prononcer?

PHOCAS

Achève, ou...

HÉRACLIUS

Je suis donc, s'il faut que je le die, Ce qu'il faut que je sois pour lui sauver la vie. Oui, je lui dois assez. Seigneur, quoi qu'il en soit. Pour vous payer pour lui de l'amour qu'il vous doit; Et je vous le promets entier, ferme, sincère. Et tel qu'Héraclius l'aurait pour son vrai père. J'accepte en sa faveur ses parents pour les miens ; Mais sachez que vos jours me répondront des siens : Vous me serez garant des hasards de la guerre. Des ennemis secrets , de l'éclat du tonnerre ; Et , de quelque façon que le courroux des cieux Me prive d'un ami qui m'est si précieux. Je vengerai sur vous, et fussiez-vous mon père, Ce qu'aura fait sur lui leur injuste colère.

PHOCAS

Ne crains rien : de tous deux je ferai mon appui , L'amour qu'il a pour toi m'assure trop de lui : Mon cœur p&me de joie , et mon âme n'aspire Qu'à vous associer l'un et l'autre à l'empire.

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