‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 437 sur 594 · ACTE V, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VI

Mes frères, puisque enfin vous voulez tous deux l'être, Si vous m*aimez en sœur, fâiles-le-moi paraître.

HÉRÀGLIUS.

Que pouvons-nous tous deux, lorsqu'on tranclie nos jours?

PULCHÉRIE

Un généreux conseil est un puissant secours.

n n*est point de conseil qui vous soit salutaire Que d'épouser le fils pour éviter le père : L'horreur d'un mal plus grand vous y doit disposer.

PULCHÉRIE

Qui me le montrera, si je veux l'épouser? Et dans cet hyménée , à ma gloire funeste , Qui me garantira des périls de l'inceste?

HARTIAN.

Je le vois trop à craindre et pour vous et pour nous ; Mais, Madame, on peut prendre un vain titre d'époux. Abuser du tyran la rage forcenée, Et vivre en frère et sœur sous un feint hyménée.

PULCHÉRIE

Feindre , et nous abaisser à cette lâcheté !

HÉRAGLIUS.

Pour tromper un tyran, c'est générosité,

Et c'est mettre, en faveur d'un frère qu'il vous donne,

Deux ennemis secrets auprès de sa personne,

Qui, dans leur juste haine animés et constants.

Sur l'ennemi commun sauront prendre leur temps.

Et terminer bientôt la feinte avec sa vie.

PULCHÉRIE

Pour conserver vos jours et fuir mon infamie , Feignons ; vous le voulez , et j'y résiste en vain. Sus donc, qui de vous deux me prêtera la main? Qui veut feindre avec moi? qui sera mon complice?

HÉRAGLIUS.

Vous, prince, à qui le ciel inspire l'artifice.

MARTIAN

Vous, que veut le tyran pour fils obstinément.

HÉRAGLIUS.

Vous, qui depuis quatre ans la servez en amant

MARTIAN

Vous saurez mieux que moi surprendre sa tendresse.

648 HÉRACLIUS

HÉRACLICS.

Vous saurez mieux que moi la traiter de maîtresse.

MARTI AN

Vous aviez commencé tantôt d*y consentir.

PULCHÉRIE

Ah ! princes, votre cœur ne peut se démentir;

Et vous l'avez tous deux trop grand , trop magnanime

Pour souffrir sans horreur Tombre même d*nn crime.

Je vous connaissais trop pour juger autrement

Et de votre conseil et de Févénement;

Et je n'y déférais que pour vous voir dédire.

Toute fourbe est honteuse aux cœurs nés pour l'empire;

Princes, attendons tout, sans consentir à rien.

HtRACLIOS.

Admirez cependant quel malheur est le mien : L'obscure vérité, que de mon sang je signe. Du grand nom qui me perd ne me peut rendre digne; On n'en croit pas ma mort; et je perds mon trépas. Puisque mourant pour lui je ne le sauve pas.

MARTIAN

Voyez, d'autre côté, quelle est ma destinée,

Madame : dans le cours d'une seule journée,

Je suis Héraclius, Léonce, et Martian;

Je sors d'un empereur, d'un tribun, d'un tyran.

De tous trois ce désordre en un jour me fait naître,

Pour me faire mourir enfin sans me connaître.

PULCHÉRIE

Cédez, cédez tous deux aux rigueurs de mon soii :

Il a fait contre vous un violent effort.

Votre malheur est grand; mais, quoi qu'il en succède,

La mort qu'on me refuse en sera le remède;

Et moi... Mais, que nous veut ce perfide?

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