‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 447 sur 594 · ISABELLE · texte numérisé non relu

ISABELLE

Avant que de choisir je deiiiaude un serment,

Comtes, qu'on agréera mon choix ayeuglément;

Que les deux méprisés, et tous les trois peut-être.

De ma main, quel qu'il soit, accepteront un maître :

Car enfin je suis libre à disposer de moi;

Le choix de mes États ne m'est point une loi :

D'une troupe importune il m'a débarrassée.

Et d'eux tous sur vous trois détourné ma pensée;

Hais sans nécessité de l'arrêter sur vous.

J'aime à savoir par là qu'on vous préfère à tous;

Vous m'en êtes plus chers et plus considérables;

J'y vois de vos vertus les preuves honorables;

J'7 vois la haute estime où sont vos grands exploits :

Hais, quoique mon dessein soit d'y borner mon choix.

Le ciel en un moment quelquefois nous éclaire

Je veux, en le faisant, pouvoir ne le pas faire,

Et que vous avouiez que, pour devenir roi.

Quiconque me plaira n'a besoin que de moi.

D. LOPE

C'est une autorité qui vous demeure entière;

Votre État avec vous n'agit que par prière ,

Et ne vous a pour nous fait voir ses sentiments

Que par obéissance à vos commandements.

Ce n'est point ni son choix ni Téclat de ma race

Qui me font, grande reine, espérer cette grâce :

Je l'attends de vous seule et de votre bonté ,

Comme on attend un bien qu'on n'a pas mérité.

Et dont, sans regarder service ni famille.

Vous pouvez faire part au moindre de Castille.

C'est à nous d'obéir, et non d'en murmurer :

Ibis vous nous permettrez toutefois d'espérer

Que vous ne ferez choir cette faveur insigne ,

Ce bonheur d'être à vous, que sur le moins indigne;

Et que votre vertu vous fera trop savoir

570 DON SANCH£ D'ARAGON.

Qu'il n*est pas bon d'user de tout votre pouvoir. Voilà mon sentiment.

D. ISABELLE

Parlez» vous, don Hanrique*

D. MANRIQtJE.

Madame, puisqu'il faut qu'à vos yeux je m'explique,

Quoique votre discours nous ait foit des leçons

Capables d'ouvrir l'&me à de justes soupçons.

Je vous dirai pourtant, comme à ma souveraine.

Que pour faire un vrai roi vous le fassiez en reine;

Que, vous laisser borner, c'est vous-même affaiblir

La dignité du rang qui le doit ennoblir;

Et qu'à prendre pour loi le choix qu'on vous propose,

Le roi que vous feriez vous devrait peu de chose,

Puisqu'il tiendrait les noms de monarque et d'époux

Du choix de vos États aussi bien que de vous.

Pour moi, qui tous aimai sans sceptre et sans couronne,

Qui n'ai jamais eu d'yeux que pour votre personne,

Que môme le feu roi daigna considérer

Jusqu'à souffrir ma flamme et me faire espérer,

J'oserai me promettre un sort assez propice

De cet aveu d'un frère et quatre ans de service ;

Et sur ce doux espoir dussé-je me trahir,

Puisque vous le voulez, je jure d'obéir.

C'est comme il faut m'aimer. Et don Alvar de Lune?

D. ALVAIU

Je ne vous ferai point de harangue importune. Choisissez hors des trois, tranchez absolument; Je jure d'obéir. Madame , aveuglément.

D. ISABELLE

Sous les profonds respects de cette déférence Vous nous cachez peut-être un peu d'indifférence; Et, comme votre cœur n'est pas sans autre amour, Vous savez des deux parts faire bien votre cour,

D. ALVAR

Madame...

D. ISABELLE

C'est assez. Que chacun prenne place.

(Tei les trois reines prennent chaoune un fautenil; et, apiès que les trois eomtei etl* reste des grands qui sont présents se sont assis sur des bancs préparés exprès, Girloi y voyant une place Tide , s*y veut seoir, ol don Manrique Teu empêche. )

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