ACTE I, SCÈNE III
D. ISABELLE
Eh bien ! je Fanoblis, Quelle que soit sa race, et de qui qu'il soit fils. Qu'on ne conteste plus.
D. MANRiaUE*
Encore un mot, de grâce.
D. ISABELLE
Don Manrique, à la fin c'est prendre trop d'audace. Ne pui&-je l'anoblir si vous n'y consentez?
D. MANRIQUE
Oui , mais ce rang n'est dû qu'aux hautes dignités ; Tout autre qu'un marquis, ou comte, le profane.
D. ISABELLE, à Carlos.
Eh bien! seyez-vous donc, marquis de Santillane, Comte de Penafiel, gouverneur de Burgos. Don Hanrique , est-ce assez pour faire seoir Carlos ? Vous reste-t-il encor quelque scrupule en l'àme ?
(D. Manriqne et D. Lope se lèfent, el Carlos se sied. ] D. MANRIQUE.
Achevez, achevez; faites-le roi. Madame :
Par ces marques d'honneur l'élever jusqu'à nous,
C'est moins nous l'égaler que l'approcher de vous.
Ce préambule adroit n'était pas sans mystère ;
Et ces nouveaux serments qu'il nous a fallu faire
Montraient bien dans votre âme un tel choix préparé :
Enfin vous le pouvez , et nous l'avons juré.
Je suis prêt d'obéir; et, loin d'y contredire.
Je laisse entre ses mains et vous et votre empire.
Je sors avant ce choix , non que j'en sois jaloux ,
Mais de peur que mon front n'en rougisse pour vous.
Arrêtez, insolent: votre reine pardonne Ce qu'une indigne crainte imprudemment soupçonne; Et, pour la démentir, veut bien vous assurer Qu'aux choix de ses États elle veut demeurer; Que vous tenez encor même rang dans son âme ; Qu'elle prend vos transports pour un excès de flamme; Et qu'au lieu d'en punir le zèle injurieux , Sur un crime d'amour elle ferme les yeux.
D. MANRIQUE
Madame 9 excusez donc si quelque antipathie...
D. ISABELLE
Ne faites point ici de fausse modestie ;
J'ai trop Yu votre orgueil pour le justifier.
Et sais bien les moyens de vous humilier.
Soit que j'aime Carlos, soit que par simple estime
Je rende à ses vertus un honneur légitime.
Vous devez respecter, quels que soient mes desseins,
Ou le choix de mon cœur, ou l'œuvre de mes mains.
Je l'ai fait votre égal; et, quoiqu'on s'en mutine.
Sachez qu'à plus encor ma faveur le destine.
Je veux qu'aujourd'hui même il puisse phis que moi :
J'en ai fait un marquis , je veux qu'il Caisse un roL
S'il a tant de valeur que vous-même le dites ,
Il sait quelle est la vôtre , et counait vos mérites ,
Et jugera de vous avec plus de raison
Que moi , qui n'en connais que la race et le nom.
Marquis, prenez ma bague, et la donnez pour mai'que
Au plus digne des trois , que j'en fasse un monarque.
Je vous laisse y penser tout ce reste du jour.
Rivaux ambitieux , faites-lui votre cour :
Qui me rapportera l'anneau que je lui donne
Recevra sur-le-champ ma main et ma couronne*
Allons, reines, allons; et laissons4es juger
De quel côté l'amour avait su m'engager.