‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 449 sur 594 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

D. ISABELLE

Eh bien ! je Fanoblis, Quelle que soit sa race, et de qui qu'il soit fils. Qu'on ne conteste plus.

D. MANRiaUE*

Encore un mot, de grâce.

D. ISABELLE

Don Manrique, à la fin c'est prendre trop d'audace. Ne pui&-je l'anoblir si vous n'y consentez?

D. MANRIQUE

Oui , mais ce rang n'est dû qu'aux hautes dignités ; Tout autre qu'un marquis, ou comte, le profane.

D. ISABELLE, à Carlos.

Eh bien! seyez-vous donc, marquis de Santillane, Comte de Penafiel, gouverneur de Burgos. Don Hanrique , est-ce assez pour faire seoir Carlos ? Vous reste-t-il encor quelque scrupule en l'àme ?

(D. Manriqne et D. Lope se lèfent, el Carlos se sied. ] D. MANRIQUE.

Achevez, achevez; faites-le roi. Madame :

Par ces marques d'honneur l'élever jusqu'à nous,

C'est moins nous l'égaler que l'approcher de vous.

Ce préambule adroit n'était pas sans mystère ;

Et ces nouveaux serments qu'il nous a fallu faire

Montraient bien dans votre âme un tel choix préparé :

Enfin vous le pouvez , et nous l'avons juré.

Je suis prêt d'obéir; et, loin d'y contredire.

Je laisse entre ses mains et vous et votre empire.

Je sors avant ce choix , non que j'en sois jaloux ,

Mais de peur que mon front n'en rougisse pour vous.

Arrêtez, insolent: votre reine pardonne Ce qu'une indigne crainte imprudemment soupçonne; Et, pour la démentir, veut bien vous assurer Qu'aux choix de ses États elle veut demeurer; Que vous tenez encor même rang dans son âme ; Qu'elle prend vos transports pour un excès de flamme; Et qu'au lieu d'en punir le zèle injurieux , Sur un crime d'amour elle ferme les yeux.

D. MANRIQUE

Madame 9 excusez donc si quelque antipathie...

D. ISABELLE

Ne faites point ici de fausse modestie ;

J'ai trop Yu votre orgueil pour le justifier.

Et sais bien les moyens de vous humilier.

Soit que j'aime Carlos, soit que par simple estime

Je rende à ses vertus un honneur légitime.

Vous devez respecter, quels que soient mes desseins,

Ou le choix de mon cœur, ou l'œuvre de mes mains.

Je l'ai fait votre égal; et, quoiqu'on s'en mutine.

Sachez qu'à plus encor ma faveur le destine.

Je veux qu'aujourd'hui même il puisse phis que moi :

J'en ai fait un marquis , je veux qu'il Caisse un roL

S'il a tant de valeur que vous-même le dites ,

Il sait quelle est la vôtre , et counait vos mérites ,

Et jugera de vous avec plus de raison

Que moi , qui n'en connais que la race et le nom.

Marquis, prenez ma bague, et la donnez pour mai'que

Au plus digne des trois , que j'en fasse un monarque.

Je vous laisse y penser tout ce reste du jour.

Rivaux ambitieux , faites-lui votre cour :

Qui me rapportera l'anneau que je lui donne

Recevra sur-le-champ ma main et ma couronne*

Allons, reines, allons; et laissons4es juger

De quel côté l'amour avait su m'engager.

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