‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 467 sur 594 · D. ISABELLE, D. MANRIQUE, D. LOPE · texte numérisé non relu

D. ISABELLE, D. MANRIQUE, D. LOPE

D. ISABELLE

Comtes, je ne veux plus donner lieu qu?on murmure Que, choisir par autrui, c'est me faire une injure; Et, puisque de ma main le choix sera plus beau, Je veux choisir moi-même, et reprendre l'anneau. Je ferai plus pour vous : des trois qu'on me propose, J'en exclus don Alvar; vous en savez la cause :

Ôd2 DON SANCHE D'ARAGON.

Je ne veux point gêner un cœur plein d*autres feux,

Et vous Ole un rival pour le rendre à ses vœux. ^

Qui n'aime que par force aime qu*on le néglige;

Et mon refus du moins autant que vous Toblige.

Vous êtes donc les seuls que je veux regarder :

Hais, avant qu*à choisir j*ose me hasarder.

Je voudrais voir en vous quelque preuve certaine

Qu*en moi c*est moi qu'on aime, et non l'éclat de reine.

L'amour n'est, ce dit-on, qu'une union d'esprits;

Et je tiendrais des deux celui-là mieux épris

Qui favoriserait ce que je favorise.

Et ne mépriserait que ce que je méprise.

Qui prendrait en m'aimant même cœur, mêmes yeux :

Si vous ne m'entendez, je vais m'expliquer mieux.

Aux vertus de Carlos j'ai paru libérale :

Je voudrais en tous deux voir une estime égale.

Qu'il trouvât même honneur, même justice en vous :

Car ne présumez pas que je prenne un époux

Pour m'exposer moi-même à ce honteux outrage

Qu'un roi fait de ma main détruise mon ouvrage;

N'y pensez l'un ni l'autre , à moins qu'un digne effet

Suive de votre part ce que pour lui j'ai fait;

Et que, par cet aveu, je demeure assurée

Que tout ce qui m'a plu doit être de durée.

D. MANRIQDE.

Toujours Carlos , Madame ! et toujours son bonheur

Fait dépendre de lui le nôtre et votre cœur!

Mais puisque c'est par là qu'il faut enfin vous plaire,

Vous-même apprenez-nous ce que nous pouvons faire.

Nous l'estimons tous deux un des braves guerriers

A qui jamais la guerre ait donné des lauriers :

Notre liberté même est due à sa vaillance;

Et, quoiqu'il ait tantôt montré quelque insolenee,

Dont nous a dû piquer l'honneur de notre rang.

Vous avez suppléé l'obscurité du sang.

Ce qu'il vous plaît gu'il soit, il est digne de l'être.

Nous lui devons beaucoup, et l'allions reconnaître,

L'honorer en soldat, et lui faire du bien;

Mais après vos faveurs nous ne pouvons plus rien.

Qui pouvait pour Carlos ne peut rien pour un comte;

Il n'est rien en nos mains qu'il ne reçût sans houte;

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