‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 494 sur 594 · EXAMEN DE DON SANCHE · texte numérisé non relu

EXAMEN DE DON SANCHE

Uanité de jour y est si peu violentée , qu^on peut soutenir que Taction ne demande pour sa durée que le temps de sa représentation. Pour celle de lieu , j*ai déjà dit que je n*en parlerais plus sur les pièces qui restaient à examiner. Les sentiments du second acte ont autant ou plus de délicatesse qu'aucuns que j*aie mis sur le théâtre. L'amour des deux reines pour Carlos y paraît très-visible, malgré le soin et l'adresse que toutes les deux apportent à le cacher dans leurs différents caractères , dont l'un marque plus d'orgueil , et l'autre plus de tendresse. La confidence qu'y fait celle de Castille avec Blanche est assez ingénieuse; et, par une réflexion sur ce qui s'est passé au premier acte, elle prend occasion de faire savoir aux spectateurs sa passion pour ce brave inconnu, qu'elle a si bien vengé du mépris qu'en ont fait les comtes. Ainsi on ne peut dire qu'elle choisisse sans raison ce jour-là plutôt-qu'un autre pour lui en conOer le secret, puisqu'il parait qu'elle le sait déjà, et qu'elles ne font que raisonner ensemble sur ce qu'on Tient de voir.

FIN nS l'examen de don SANCHE.

NICOMEDE

TRAGÉDIE EN CINQ ACTES

PERSONNAGES

PRUSIAS , roi de Bithynie.

FLAHINIUS^ ambassadear de Rome.

ARSINOE , seconde femme de Pnisiu.

LAODICE f reioe d'Arménie.

NICOMEDE; fils aîné de Prnsias, sorti do premier Ut. ATT A LE , fils de Pmsias et d*Arsinoé. ARASPE, capitaine des gardes de Pmsias. C LEONE, confl.iente d'Arsinoé.

La scène est A Nicomédie.

Voici une pièce d'une constitution assez extraordinaire : aussi est-ce la vingt et unième que fai fait voir sur le théâtre; et, après y avoir fait réciter quarante mille vers , il est bien malaisé de trouver quelque diosede nouveau , sans s'écarter un peu du grand chemin, et se mettre au hasard de s'égarer. La tendresse et les passions, qui doivent être l'âme des tragédies, n'ont aucune part en celle-ci ; la grandeur de courage y règne seule, et regarde son malheur d'un œil si dédaigneux qu'il n'en saurait arracher une plainte. Elle y est combattue par la politique, et n'oppose à ses artifices qu*une prudence généreuse, qui marche à visage découvert, qui prévoit le péril sans s'émouvoir, et ne veut point d'autre appui que celui de sa vertu, et de l'amour qu'elle imprime dans les cœurs de tous les peuples. L'histoire qui m'a prêté de quoi la faire paraître en ce haut degré est tirée de Justin ; et voici comme il la ratponte à la fin de son trente-quatrième livre :

« En même temps Prusias, roi de Bithynie, prit dessein de faire c assassiner son fils Nicomède, pour avancer ses autres fils qu'il avait « eus d'une autre femme , et qu'il faisait élever à Rome : mais ce des- « sein lut découvert à ce jeune prince par ceux même qui l'avaient « entrepris : ils firent plus, ils l'exhortèrent à rendre la pareille à un « père si cruel , et flaire retomber sur sa tête les embûches qu'il lui c avait préparées , et n'eurent pas grande peine à le persuader. Sitôt « donc qu'il fut entré dans le royaume de son père , qui l'avait appelé « auprès de lui , il fut proclamé roi , et Prusias , chassé du trône , et « délaissé même de ses domestiques , quelque soin qu'il prit à se cacher, a fut enfin tué par ce fils , et perdit la vie par un crime aussi grand « que celui qu'il avait commis en donnant les ordres de l'assassiner. «

J'ai ôté de ma scène l'horreur d'une catastrophe si barbare , et n'ai donné ni au père ni au fils aucun dessein de parricide. J'ai fait ce dernier amoureux de Laodice , afin que l'union d'une couronne voisine donnât plus d'ombrage aux Romains , et leur fît prendre plus de soin d'y mettre un obstacle de leur part. J'ai approché de cette histoire celle de la mort d'Annibal , qui arriva un peu auparavant chez ce même roi , et dont le nom n'est pas un petit ornement à mon ouvrage ; j'en ai fait Nicomède disciple , pour lui prêter plus de valeur et plus de fierté contre les Romains; et, prenant l'occasion de l'ambassade où Flaminius fut envoyé par eux vers ce roi leur allié pour demander qu'on remit entre leurs mains ce vieil ennemi de leur grandeur, je l'ai chargé d'une commission secrète de traverser ce mariage , qui leur

devait donner de la jaloasie. J'ai fait que pour gagner l'esprit de la reine , qui , suivant l'ordinaire des secondes femmes , avait tout pouvoir sur celui de son vieux mari , il lui ramène un de ses fils , que mon auteur m'apprend avoir été nourri à Rome. Cela fait deux effets ; car, d'un côté , il obtient la perte d'Annibal par le moyen de cette mère ambitieuse, et, de l'autre, il oppose à Nicomède un rival appuyé de toute la faveur des Romains, jaloux de sa gloire et de sa grandeur naissante.

Les assassins qui découvrirent à ce prince les sanglants desseins de son père m'ont donné jour à d*autres artifices pour le faire tomber dans les embûches que sa belle-mère lui avait préparées ; et pour la fin, je l'ai réduite en sorte que tous mes personnages y agissent avec générosité , et que les uns rendant ce qu'ils doivent à la vertu , et les autres demeurant dans la fermeté de leur devoir, laissent un exemple assez illusti€ , et une conclusion assez agréable.

La représentation n'en a point déplu; et, comme ce ne sont pas les moindres vers qui sont partis de ma main, j'ai sujet d'espérer que la lecture n'ôtera rien à cet ouvrage de la réputation qu'il s'est acquise jusqu'ici , et ne le fera point juger indigne de suivre ceux qui l'ont précédé. Mon principal but a été de peindre la politique des Romains au dehors, et comme ils agissaient impérieusement avec les rois leurs alliés , leurs maximes pour les empêcher de s'accroître , et les joins qu'ils prenaient de traverser leur grandeur, quand elle commençait à leur devenir suspecte à force de s'augmenter et de se rendre considérable par de nouvelles conquêtes. Cest le caractère que j'ai donné à leur république en la personne de leur ambassadeur Flaminius , qui rencontre un prince intrépide, qui voit sa perte assurée sans s'ébranler, et brave l'orgueilleuse masse de leur puissance , lors même qu'il en est accablé. Ce héros de ma façon sort un peu des règles de la tragédie en ce qu'il ne cherche point à faire pitié par l'excès de ses malheurs : mais le succès a montré que la fermeté des grands cœurs , qui n'excite que de Tadmiration dans l'âme du spectateur, est quelquefois aussi agréable que la compassion que notre art nous commande de mendier par leurs misères. Il est bon de hasarder un peu , et ne s'attacher pas toujours si servilement à ses préceptes, ne fût-ce que pour pratiquer celui de notre Horace :

Et mihi T9*, non me r^uê^ tuhmittwê eonor.

Mais il &ut que l'événement justifie cette handiesse; et dans une liberté de cette nature on demeure coupable, à noins que d'être fort heureux.

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NICOMÈDE

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