‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 495 sur 594 · SCÈNE I NICOMÈI>E, LAODICE · texte numérisé non relu

SCÈNE I NICOMÈI>E, LAODICE

LAODICE

Après tant de hauts faits , il fn*est biÎBn doux , Sêigueur,

De voir encor mes yeux régner sur votre cœur ;

De voir, sous les lauriers qui vous couvrent la. tête i.

Un si grand conquérant être encor ma conquête.

Et de toute la gloire acquise à ses travaux

Faire un illustre homniage à ce peu que je vaux.

Quelques biens toutefois que le ciel me renvoie,

Mon cœur épouvanté se refuse à la joie :

Je vous vois à regret, tant mon cœur. amoureux

Trouve la cour pour vous un «éjour dangereux.

Votre marâtre y règne , et le roi votre père

Ne voit que par ses yeux, seule la considère.

Pour souveraine loi n*a que sa volonté :

Jugez après cela de votre sûreté.

La haine que pour vous elle a si naturelle

A mon occasion encor se renouvelle.

Votre frère son fils, depuis peu de retour...

mCOMÈDE.

Je le sais, ma princesse, et qu*il vous fait la cour.

Je sais que les Romains, qui Tavaient en otage,

L'ont enfin renvoyé pour un plus digne ouvrage ;

Que ce don à ma mère était le prix fatal

Dont leur Flaminius marchandait Annibal ;

Que le roi par son ordre eut livré ce grand homme 9

S'il n'eût par le poison lui-même évité Rome»

El rompu par sa mort les spectacles pompeux

Où TefiTroi de son nom le destinait chez eux.

Par mon dernier combat je voyais réunie

La Cappadoce entière avec la Bithynie ,

Lorsqu'à celte nouvelle , enflammé de courroux

D'avoir perdu mon maître, et de craindre pour vous.

J'ai laissé mon année aux mains de Théagène ,

Pour voler en ces lieux au secours de ma reine.

Vous en aviez besoin , Madame , et je le voi ,

Puisque Flaminius obsède encor le roi.

Si de son arrivée Annibal fut la cause ,

Lui mort, ce long séjour prétend quelque autre chose;

Et je ne vois que vous qui le puisse arrêter,

Pour aider à mon frère à vous persécuter.

LAODICE

Je ne veux point douter que sa vertu romaine

N'embrasse avec chaleur l'intérêt de la reine :

Annibal, qu'elle vient de lui sacrifier,

L'engage en sa querelle , et m'en fait défier.

Mais, Seigneur, jusqu'ici j'aurais tort de m'en plaindre:

El, quoi qu'il entreprenne, avez-vous lieu de craindre?

Ma gloire et mon amour peuvent bien peu sur moi,

S'il faut votre présence à soutenir ma foi ,

Et si je puis tomber en celte frénésie

De préférer Attale au vainqueur de l'Asie ;

Atlale , qu'en otage ont nourri les Romains ,

Ou plutôt qu'en esclave ont façonné leurs mains.

Sans lui rien mettre au cœur qu'une crainte servile

Qui tremble à voir un aigle , et respecte un édile !

NICOMÈDE

Plutôt, plutôt la mort, que mon esprit jaloux Forme des sentiments si peu dignes de vous. Je crains la violence, et non votre faiblesse; Et si Rome une fois contre nous s'intéresse...

LAODICE

Je suis reine. Seigneur; et Rome a beau tonner. Elle, ni votre roi, n'ont rien à m'ordonner : Si de mes jeunes ans il est dépositaire , C'est pour exécuter les ordres de mon père : Il m'a donnée à vous , et nul autre que moi N'a droit de l'en dédire, et me choisir un roi,

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