‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 498 sur 594 · ACTE I, SCËNE IL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCËNE IL

LAODIGE.

C*est un bien mal acquis que j*aime mieux vous rendre.

ATTALE

Vous Testimez trop peu pour le vouloir garder.

LAODIGE.

Je vous estime trop pour vouloir rien farder. Votre rang et le mien ne sauraient le permettre ! Pour garder voire cœur je n'ai pas où le mettre ; La place est occupée : et je vous Tai tant dit , Prince, que ce discours vous dût être interdit : On le souffre d*abord , mais la suite importune.

ATTALE

Que celui qui l'occupe a de bonne fortune ! Et que serait heureux qui pourrait aujourd'hui Disputer cette place , et l'emporter sur lui !

NICOMÈDE

La place à remporter coûterait bien des têtes, Seigneur : ce conquérant garde bien ses conquêtes; Et l'on ignore encor parmi ses ennemis L'art de reprendre un fort qu'une fois il a pris.

ATTALE

Celui-ci toutefois peut s'attaquer de sorte

Que, tout vaillant qu*il est, il faudra qu'il en sorte.

LAODIGE.

Vous pourriez vous méprendre.

ATTALE

Et si le roî le veut?

LAODIGE.

Le roi, juste et prudent, ne veut que ce qu'il peut.

ATTALE

Et que ne peut ici la grandeur souveraine?

LAODIGE.

Ne parlez pas si haut : s'il est roi, je suis reine; Et vers moi tout l'effort de son autorité N'agit que par prière et par civilité.

ATTALE

Non; mais agir ainsi souvent c'est beaucoup dire Aux reines comme vous qu'on voit dans son empire : Et si ce n'est assez des prières d'un roi , Rome, qui m'a nourri, vous parlera pour moi.

63i NICOHËDE.

NIGOHÊOE.

Rome 9 Seigneur!

ATTALE

Oui, Rome; en ètes-vous en doute?

NIGOMÈOE.

Seigneur, je crains pour vous qu*un Romain vous écoute;

Et si Rome savait de quels feux vous brûlez.

Bien loin de vous prêter l'appui dont vous parlez,

Elle s'indignerait de voir sa créature

 l'éclat de son nom faire une telle injure.

Et vous dégraderait peut-être dès demain

Du titre glorieux de citoyen romain.

Vous Fa-t-elle donné pour mériter sa haine

En le déshonorant par l'amour d'une reine ?

Et ne savez-vous plus qu'il n'est princes ni rois

Qu'elle daigne égaler à ses moindres bourgeois?

Pour avoir tant vécu chez ces cœurs magnanimes ,

Vous en avez bientôt oublié les maximes.

Reprenez un orgueil digne d'elle et de vous ;

Remplissez mieux un nom sous qui nous tremblons tous;

Et, sans plus l'abaisser à cette ignominie

D'idolâtrer en vain la reine d'Arménie,

Songez qu'il faut du moins, pour toucher votre cœur,

La fille d'un tribun ou celle d'un préteur :

Que Rome vous permet cette haute alliance ,

Dont vous aurait exclu le défaut de naissance,

Si l'honneur souverain de son adoption

Ne vous autorisait à tant d'ambition.

Forcez, rompez, brisez de si honteuses chaînes;

Aux rois qu'elle méprise abandonnez les reines;

Et concevez enfin des vœux plus élevés ,

Pour mériter les biens qui vous sont réservés.

ATTALE

Si cet homme est à vous, imposez-lui silence ,

Madame, et retenez une telle insolence.

Pour voir jusqu'à quel point elle pourrait aller.

J'ai forcé ma colère à lo laisser parler;

Mais je crains qu'elle échappe, et que, s'il continue,

Je ne m'obstine plus à tant de retenue.

NIGOMÉDE.

Seigneur, si j'ai raison, qu'importe à qui je sois?

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