‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 499 sur 594 · ACTE I, SCËNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCËNE II

Perd-elle de son prix pour emprunter ma voix? You^-mème, amour à part, je vous en fais arbitre. Ce grand nom de Romain est un précieux titre; Et la reine et le roi l'ont assez acheté Pour ne se plaire pas à le voir rejeté, Puisqu'ils se sont privés, pour ce nom d'importance. Des charmantes douceurs d'élever votre enfance. Dès l'âge de quatre ans ils vous ont éloigné; Jugez si c'est pour voir ce titre dédaigné , Pour vous voir renoncer, par l'hymen d'une reine, A la part qu'ils avaient à la grandeur romaine. D*un si rare trésor l'un et l'autre jaloux...

ATTALE

Madame, encore un coup, cet homme est-il à vous? Et pour vous divertir est-il si nécessaire. Que vous ne lui puissiez ordonner de se taire?

LAODICE

Puisqu'il vous a déplu vous traitant de Romain, Je veux bien vous traiter de fils de souverain. En cette qualité vous devez reconnaître Qu'un prince votre aîné doit être votre maître, Craindre de lui déplaire, et savoir que le sang Ne vous empêche pas de différer de rang. Lui garder le respect qu'exige sa naissance. Et, loin de lui voler son bien en son absence...

ATTALE

Si l'honneur d'être à vous est maintenant son bien. Dites un mot. Madame, et ce sera le mien; Et si l'âge à mon rang fait quelque préjudice, Vous en corrigerez la fatale injustice : Mais, si je lui dois tant en fils de souverain, Permettez qu'une fois je vous parle en Romain. Sachez qu'il n'en est point que le ciel n'ait fait naître Pour conunander aux rois et pour vivre sans maître ; Sachez que mon amour est un noble projet Pour éviter l'afiront de me voir son sujet ; Sachez...

LAODICB.

Je m'en doutais, Seigneur, que ma couronne Vous charmait bien du moins autant que ma personne; Mais, telle que je suis, et ma couronne et moi.

06 NICOMÈDE

Tout est à cet aine qui sera votre roi ;

Et s'il était ici , peut-être en sa présence

Vous penseriez deux fois à lui faire une offense.

ATTALE

Que ne puis-je Fy voirl mon courage amoureux...

NICOMÈDE

Faites quelques souhaits qui soient moins dangereux, Seigneur; s'il les savait, il pourrait bien lui-même Venir d'un tel amour venger l'objet qu'il aime.

ATTALE

Insolent! est-ce enfin le respect qui m'est dû?

NICOMÈDE

Je ne sais de nous deux , Seigneur, qui l'a perdu.

ATTALE

Peux-tu bien me connaître et tenir ce langage?

NICOMÈDE

Je sais à qui je parle , et c'est mon avantage , Que, n'étant point connu, prince, vous ne savez Si je vous dois respect, ou si vous m'en devez.

ATTALE

Ah! Madame, souffrez que ma juste colère...

LAODIGE.

Consultez-en , Seigneur, la reine votre mère ; Elle entre.

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