ACTE II, SCÈNE l
Juge y Araspe , où j'en suis , s*il veut tout ce qu'il peut.
ARASPE
Pour tout autre que lui je sais comme s'explique La règle de la vraie et saine politique. Aussitôt qu'un sujet s'est rendu trop puissant, Encor qu'il soit sans crime, il n'est pas innocent : On n'attend point alors qu'il s'ose tant permettre; C'est un crime d'Etat que d'en pouvoir commettre ; Et qui sait bien régner l'empêche prudemment De mériter un juste et plus grand châtiment , Et prévient, par un ordre à tous deux salutaire, Ou les maux qu'il prépare, ou ceux qu'il pourrait faire. Hais, Seigneur, pour le prince, il a trop de vertu; Je vous Tai déjà dit.
PRUSIAS
Et m'en répondras-tu?
Me seras-tu garant de ce qu'il pourra faire Pour venger Annibal, ou pour perdre son frère î Et le prends-tu pour homme à voir d'un œil égal Et l'amour de son frère, et la mort d' Annibal? Non*, ne nous flattons point : il court à sa vengeance: Il en a le prétexte, il en a la puissance; Il est l'astre naissant qu'adorent mes États ; Il est le dieu du peuple et celui des soldats. Sur de ceux-ci, sans doute il vient soulever l'autre, Fondre avec son pouvoir sur le reste du nôtre : Mais ce peu qui m'en reste, encor que languissant, N'est pas peut-être encor tout à fait impuissant. Je veux bien toutefois agir avec adresse , Joindre beaucoup d'honneur à bien peu de rudesse , Le chasser avec gloire, et mêler doucement Le prix de son mérite à mon ressentiment : Mais s'il ne m'obéit, ou s'il ose s'en plaindre, Quoi qu'il ait fait pour moi , quoi que j'en voie à craindre- Dussé-je voir par là tout l'Etat hasardé...
ARASPE
Il vient.
644 NICOMËDE.