‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 507 sur 594 · SCÈNE II PRUSIAS, NICOMÈDE, ARASPE · texte numérisé non relu

SCÈNE II PRUSIAS, NICOMÈDE, ARASPE

PRUSIAS

Vous voilà, prince! et qui vous a mandé?

NICOMÈDE

La seule ambition de pouvoir en personne Mettre à vos pieds, Seigneur, encore une couronne. De jouir de l'honneur de vos embrùssements , Et d'être le témoin de vos contentements. Après la Cappadoce heureusement unie Aux royaumes du Pont et de la Bithynie , Je viens remercier et mon père et mon roi D'avoir eu la bonté de s'y servir de moi , D'avoir choisi mon bras pour une telle gloire, El fait tomber sur moi l'honneur de sa victoire.

Vous pouviez vous passer de mes embrassements, Me faire par écrit de tels remercîments; Et vous ne deviez pas envelopper d'un crime Ce que votre victoire ajoute à votre estime. Abandonner mon camp en est un capital, Inexcusable en tous, et plus au général; Et tout autre que vous, malgré cette conquête, Revenant sans mon ordre , eût payé de sa tète.

NICOMÈDE

J'ai failli , je l'avoue ; et mon cœur imprudent

A trop cru les transports d'un désir trop ardent :

L'amour que j'ai pour vous a commis cette offense ;

Lui seul à mon devoir fait cette violence.

Si le bien de vous voir m'était moins précieux ,

Je serais innocent, mais si loin de vos yeux,

Que j'aime mieux. Seigneur, en perdre un peu d'estime,

Et qu'un bonheur si grand me coûte un petit crime.

Qui ne craindra jamais la plus sévère loi ,

Si l'amour juge en vous ce qu'il a fait en moi.

PRUSIAS

La plus mauvaise excuse est assez pour un père , Et sous le nom d'un fils toute faute est légère. Je ne veux voir en vous que mon unique appui.

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